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24/02/2010

Massaker

18463422_jpg-r_160_214-b_1_CFD7E1-f_jpg-q_x-20051209_041622.jpgDans ce documentaire à l'ambiance glauque, 6 anciens miliciens racontent leurs "exactions barbares" vingt ans plutôt. En septembre 1982 eut lieu le tristement célèbre massacre de Sabra et Chatila, au Liban. En représailles de l'assassinat de leur leader et président de la République, Bachir Gemayel (le 14 septembre 1982), les milices chrétiennes, couvertes par l'armée israélienne, pénétrèrent dans les camps - dénués de combattants - palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth-Ouest et massacrèrent environ 3000 personnes (les chiffres établis varient selon les estimations entre 1000 et 4000 morts). Cet acte "barbare" qui n'est pas sans rappeler d'autres tristement célèbres crimes de guerre (1) avait choqué l'opinion publique mondiale (2). Avait-il choqué les libanais ? Question compliquée car peut-on parler de "libanais" au sens pluriel et national ? Pas vraiment, lorsque nous savons qu'au pays du Cèdre, l'appartenance communautaire (chrétien, musulman, maronite, sunnite...) a toujours primé sur l'identité nationale. Par conséquent, Sabra et Chatila a choqué certaines franges de la société libanaise mais pas d'autres. Tout dépend du camp politique dans lequel les gens se positionnent. Cela ne veut pas dire pour autant que cet acte n'est pas condamnable et même inadmissible...

La question qui se pose dès lors est la suivante : pourquoi un tel documentaire alors que les libanais ne se sont jamais vraiment réconciliés avec leur passé trouble et qu'ils sont incapables de prendre du recul par rapport aux événements politico-sociaux de leur pays ? Recul qui est d'ailleurs presque impossible puisque le Liban est régulièrement victime d'instabilité politique. Lokman Slim répondra qu'il s'agit d'un devoir de mémoire. Mais qui au juste a envie de se souvenir de Sabra et Chatila ? Et apprent-on quelque chose de ces tortionnaires dont les interviews, assez peu substantielles il faut le reconnaitre, se résument au fait que "la guerre ça fait mal"... Massaker a le mérite de tenter une reflexion sur la violence collective (pourquoi pas). Cette démarche n'est pas nouvelle puisqu'on l'avait vu dans un autre documentaire coup de poing, S21 - La machine de mort khmer rouge (Rithy Panh, 2002), où non seulement les tortionnaires témoignaient de leurs actes mais également d'anciens prisonniers, victimes de torture collective. J. N

Massaker (Monika Borgmann, Lokman Slim, Hermann Theissen, Fr/Sui/Lib/All, 2005, 100 mins)

- Prix FIPRESCI - Festival international de Berlin - 2005.

 

(1) Katyn (1940), Srebrenica (1995), le génocide arménien (1915), et bien d'autres...

(2) Le documentaire Valse avec Bachir (Ari Folman, 2008) est une excellente reflexion sur le massacre de Sabra et Chatila.

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