07/04/2014

Black Sails

MV5BNTY5NzE1NjQ4M15BMl5BanBnXkFtZTcwODQ5Mzg0OQ@@._V1_SX214_.jpgou la permanence du thème de la piraterie...

La dernière série en date de la chaîne Starz (Spartacus, Magic City, Boss, Da Vinci's Demons) relate les aventures du capitaine Flint et de sa bande de flibustiers vingt ans avant L’Ile au trésor, le roman culte de Robert Louis Stevenson, durant l'âge d'or de la piraterie (grosso modo entre 1650 et 1730). Si Flint est un personnage fictif, il côtoie toutefois des personnages ayant réellement existé comme le ténébreux Charles Vane, Anne Bony, et John Rackham, tous pirates de leur métier. On retrouve également comme protagoniste essentiel le futur John Silver de Stevenson qui n'est encore que moussaillon ici. Il convient de comprendre cette série à travers plusieurs paramètres. Explication.

 

220px-Pirate.jpgUne thématique populaire

Thème populaire, la piraterie est logiquement déclinée en série (les fans de piraterie et de narration longue et lente seront ravis), après qu'elle l'ait été dans un nombre incalculables de longs-métrages, les derniers en date étant la saga Pirates of the Caribbean (1) de Gore Verbinski (3 films réalisés entre 2003 et 2007). L'île au trésor a par ailleurs eu droit à toutes sortes d'adaptations : plus d'une dizaine de longs-métrages, une série animée japonaise au titre éponyme (1978), une vingtaine de bandes dessinées dont l'excellente Long John Silver (2), des jeux vidéos...etc, ce qui en dit long sur l'impact de ce roman qui n'en finit pas d'influencer l'imaginaire collectif. Par ailleurs, la piraterie moderne, très présente du côté de la Corne de l'Afrique, a eu droit en 2013 à deux excellents films (3).

téléchargement.jpgMade in Starz

Principale concurrente des chaînes HBO et Showtime (4), Starz reprend les mêmes structures façonnant ses séries précédentes : ses héros immoraux, le côté démonstratif, sa fine reconstitution historique (ici, l'ambiance régnant dans l'univers de la navigation, dans Spartacus, celle des gladiateurs, dans Da Vinci's Demons, celle de la République florentine), un héros espiègle (John Silver effarant de ressemblance psychologique avec le personnage campant Léonard de Vinci), et surtout cette tonalité à la fois légère et grave, marque de fabrique de Starz (Magic City, Da Vinci's Demons), qui est en fait un croisement entre celles justement de HBO et Showtime. Le mélange entre réalité et fiction est d'ailleurs de mise dans Black Sails et Da Vinci's Demons (5). Comme quoi, les séries d'une même chaîne possèdent les mêmes "patterns". 

images (1).jpgNouvelle vague de séries

Black Sails s'inscrit dans cette nouvelle vague de séries américaines. Celles-ci constituant encore et toujours un business qui fonctionne à plein régime, leur renouvellement s'avère nécessaire, faute de devoir répéter des thématiques éculées qui engendreraient nécessairement une perte d'audience, synonyme de manque à gagner. Cette nouvelle vague se décline en fait en quatre catégories :

- des séries traitant de thèmes précis déjà traités au cinéma : c'est ainsi que Masters of Sex (Showtime) reprend la thématique du film Kinsey (2005), The Following (Fox) (6), celle de Seven (1995), la future Salem (WGN, diffusion à partir du 21 avril prochain) (7), celle de The Crucible (1996). Les exemples sont nombreux et même la britannique BBC s'y met, Peaky Blinders (8) reprenant dans un contexte différent la thématique développée dans Gangs of New York (2002).

- des séries déclinant carrément un film en série, en préservant ou pas le titre original : Mob City (TNT) (9) développe ce qui a été esquissé dans Gangster Squad (2012), alors que FX déclinera à partir du 15 avril prochain Fargo, le film culte des frères Coen, en préservant le même titre (10), que CBS adaptera à partir du 24 avril la comédie Bad Teacher (2011) (11), et que SyFy vient de commander une adaptation de 12 Monkeys (1995) (12). Quant à Stargate, la déclinaison en série a déjà été effectuée il y a bien longtemps (1997-2007).

- des préquels : comme Bates Motel (A & E) (13), autrement dit "aux origines de Psycho", ou Black Sails, qui rentre donc dans cette catégorie.

- des adaptations de séries européennes (signe d'une panne d'idées chez les américains ?) : The Killing (AMC, 2011-2014), adaptation de la série danoise Forbrydelsen (2007-2012), et The Bridge (FX, 2013), adaptation de la série suédo-danoise Bron (2011-2013).

téléchargement (1).jpgBlack Sails en question

Difficile de se faire une opinion tranchée. Première constatation : si la série avait pour ambition de renouveler le genre, c'est chose ratée. Le mélange action/aventure et histoires de personnages à moralité floue n'a rien d'innovant et constitue depuis belle lurette la pierre angulaire de très nombreuses séries (notamment chez HBO et AMC). Pour une série subversive et traitant le thème des écumeurs de mer, se pencher sur la série Vikings (History) sera bien plus instructif. Solide de par ses décors (belle reconstitution de la ville de Nassau, plaque tournante de la piraterie), son casting, et ses dialogues, elle est finalement classique de par sa structure : narration (trop) lente (il ne se passe pas grand chose encore) conjuguée à des scènes de castagne. Dans cette optique, les combats maritimes sont forts réalistes. La dimension la plus intéressante en fait est le traitement des relations entre les très nombreux protagonistes, ou comment coopérer dans un monde où les intérêts sont égoïstes et où chacun veut sa part du gâteau, et d'autre part de la mise en place d'une expédition maritime dont les contours sont bien plus complexes qu'on ne l'aurait cru. Il faudra toutefois attendre la saison 2 pour se faire une opinion plus prononcée car 8 épisodes (mot d'ordre chez Starz), c'est court, et point d'addiction pour le moment.   Jihad Naoufal.

 

Black Sails (Starz / 25 janvier - 15 mars 2014 / 8 épisodes de 60 minutes)

Créateurs : Robert Levine, Jonathan E. Steinberg.

Avec Toby Sephens, Luke Arnold, Hannah New, Zach McGowan, Toby Schmitz, Mark Ryan, Hakeem Kae-Kazim, Tom Hopper, Clara Paget.

 

(1) Qui a elle-même eu droit à deux parodies pornographiques... : Pirates (2005) et sa suite Pirates II: Stagnetti's Revenge (2008), plus gros budget de l'histoire de la pornographie.

(2) http://www.dargaud.com/long-john-silver 

(3) http://eklektik.hautetfort.com/archive/2013/12/04/captain-philips-kapringen-5238026.html

(4) Ce sont d'ailleurs les trois chaînes cablées américaines qui montrent une nudité explicite.

(5) Les bandes sons de ces deux séries sont à créditer au même Bear McReary, compositeur spécialisé es series.

(6) http://eklektik.hautetfort.com/archive/2013/03/29/the-following.html

(7) http://www.imdb.com/title/tt2963254/?ref_=fn_al_tt_1

(8) http://eklektik.hautetfort.com/archive/2013/11/10/peaky-blinders-5217909.html

(9) http://eklektik.hautetfort.com/archive/2014/02/05/mob-city-5290725.html

(10) http://www.imdb.com/title/tt2802850/?ref_=ttep_ep_tt

(11) http://itstvnews.com/2014/02/14/la-comedie-bad-teacher-et-la-suite-de-unforgettable-en-avril-sur-cbs/

(12) http://itstvnews.com/2014/04/05/syfy-commande-ladaptation-de-larmee-des-12-singes/

(13) http://eklektik.hautetfort.com/archive/2014/02/15/bates-motel-5298941.html

25/03/2014

Intelligence

MV5BOTk4OTM0NDI0NV5BMl5BanBnXkFtZTgwOTY4NjQ3MDE@._V1_SX214_.jpgLa perspective de voir Josh Holloway tenir le rôle principal d'une série axée sur le thème de la cybernétique était alléchante à la base. D'autant plus que le fameux Sawyer (et son inoubliable panoplie de surnoms balancés à chaque dialogue) de la série Lost (2004-2010) n'était plus apparu dans un rôle d'envergure depuis cette dernière. Le problème est qu'on se trouve chez CBS, où décors et personnages sont toujours on ne peut plus proprets, témoin les avocats de The Good Wife ou les détectives de The Mentalist. On reprend donc ici les mêmes patterns pour une série (trop) conventionnelle. Gabriel Vaughn (Holloway) campe un agent high-tech, travaillant pour le "cyber-command" et muni d'une puce électronique implantée dans son cerveau et lui permettant d'avoir accès à l'intégralité du réseau (internet, téléphonie, satellite...). Comme il est le seul du genre à posséder cette capacité, on lui colle comme ange gardien un agent du secret service. Comme dans Person of Interest (toujours chez CBS), cette agente (Meghan Ory) est un peu trop infaillible. Et comme il s'agit ici de lutte contre le terrorisme, on reprend les mêmes ennemis de l'Amérique, vus tellement de fois dans la série 24, soit les chinois (épisodes 1 et 3) et les arabes (épisodes 2 et 4). Et lorsqu'il y a léger changement, il s'agit des barons de la drogue mexicains (ep 5), des activités illicites du complexe militaro-industriel US (ep 6), ou encore d'armes bactériologiques (ep 7 - thème traité ô combien de fois dans Fringe).... Bien pensante et très carrée, la série conviendra parfaitement à l'américain moyen. Pour nous, elle est trop prétentieuse et pas assez "intelligente" pour emporter l'adhésion. Jihad Naoufal

 

Intelligence (CBS / 7 janvier-31 mars 2014 / 13 épisodes de 43 min)

Créateur : Michael Seitzman.

Avec Josh Holloway, Meghan Ory, John Billingsley, Marg Helgenberger, Lance Riddick.

18/02/2014

Bates Motel

bates motel,vera farmiga,alfred hichcock,freddie highmore,max thieriot,nestor carbonell,mike vogel,a & eCurieuse que cette histoire à l'ambiance délétère, produite par A & E (The Beast, The Glades) et diffusée au printemps 2013. C'est une sorte de préquel à Psycho (1960), le film le plus culte d'Alfred Hitchcock, puisqu'elle explore la relation entre Norman Bates (Freddie Highmore), futur tueur en série, et sa mère Norma (Vera Farmiga). Malgré trois suites (1) et un remake (2), il semblerait que l'engouement pour le film qui influença toutes les productions futures liées au thème de la schizophrénie (3) ne s'est toujours pas tari. Première constatation - regrettable à notre sens -, l'action se déroule actuellement alors qu'elle aurait du être située à l'époque du film, c'est-à-dire les années 50. Problème de financement ? Besoins scénaristiques ? Quoi qu'il en soit, cela entraîne un manque criant d'authenticité. Deuxième constat : la série est franchement trop lente. Dans un sens, cela est logique. Si les premiers épisodes ont pour objectif d'installer l'atmosphère lugubre et d'introduire la psychologie des personnages principaux, la suite se doit d'être égale, afin de ne pas créer de déséquilibre au niveau de la trame. Par ailleurs le personnage de Norman Bates (un ado de 17 ans, timoré) ne peut se transformer rapidement. C'est en fait l'adjonction de cette lenteur au fait que nous connaissons la suite (Bates deviendra un serial killer) qui fait que nous n'adhérons pas vraiment. Il reste toutefois deux choses à retenir de cette version light d'American Horror Story : une relation mère-fils complexe, à la limite de l'inceste, bien traitée, et la performance sidérante de Vera Farmiga (The Departed). Est-ce suffisant pour avoir envie de continuer ? Pas à notre sens. La série a quand même enregistré un taux d'audience assez élevé, vu qu'elle a été renouvelée pour un seconde saison qui sera diffusée à partir du 3 mars prochain. Jihad Naoufal

BATES MOTEL

(A & E / 2013 / saison 1 / 10 épisodes de 43 min)

Créateur : Anthony Cipriano

Avec Freddie Highmore, Vera Farmiga, Max Thieriot, Nestor Carbonell, Nicola Peltz, Mike Vogel, Olivia Cooke

 

- 1 nomination (Vera Farmiga - Meilleur actrice) - Primetime Emmy Awards 2013

 

(1) Psycho II (Richard Franklin, 1983), Psycho III (Anthony Perkins, 1986), Psycho IV: The Beginning (Mick Garris, 1990).

(2) Portant le même titre et réalisé par Gus Van Sant en 1998.

(3) Voir la liste des productions liées à ce thème sur le lien suivant : 

http://www.imdb.com/list/0W7FQKnTiGQ/

 

17/02/2014

Mob City

mob city,tnt,frank darabont,john bernthal,milo ventimiglia,neal mcdonough,alexa davalos,gregory itzin,jeffrey demunn,robert knepper,edward burns,jeremy lukeProduite l'an passé et diffusée en décembre par la chaîne câblée TNT (Falling Skies), Mob City plonge dans le Los Angeles mafieux des années 40 et revient sur l'entreprise du célèbre commissaire de police William Parker qui mit en place une "special task force" afin de nettoyer une police locale gangrenée par la corruption, et faire tomber l'empire du redoutable caïd local Mickey Cohen. Soit un remake "allongé" du long-métrage Gangster Squad (2012). La différence est que ce film, médiocre, comprenant surtout des scènes de fusillade spectaculaires et fort peu de dialogues constructifs, n'avait pas vraiment de scénario. Mob City justement en avait un, grâce à un Frank Darabont (créateur de la série) dont les talents aussi bien de réalisateur (The Shawshank Redemption, 1994 ; The Mist, 2007) que de scénariste (The Walking Dead saisons 1 et 2) ne sont plus à prouver.

mob city,tnt,frank darabont,john bernthal,milo ventimiglia,neal mcdonough,alexa davalos,gregory itzin,jeffrey demunn,robert knepper,edward burns,jeremy lukeLente, la trame examine les relations entre la pègre et les forces de l'ordre et stigmatise à quel point la ligne qui sépare le légal et l'illégal peut être ténue. La perspective d'une nouvelle série liée aux gangsters US n'était pas particulièrement alléchante au départ, tant le thème fut traité, à la télé comme sur grand écran. Mais si la côte est (New-York, Chicago, Atlantic City, New Jersey) fut (trop) souvent privilégiée, son penchant à l'ouest a été largement sous-exploité pour la période en question (années 1920-1940). D'où un premier intérêt. Mais c'est surtout deux autres caractéristiques essentielles qui font de Mob City une bonne série : un scénario ultra-solide où les sous-intrigues font jeu égal avec l'intrigue principale, et un casting brillant, soit John Bernthal (The Walking Dead), qui n'en finit plus de monter (photo ci-dessous), Milo Ventimiglia (Heroes), Neal McDonough (Band of Brothers), Robert Knepper (Prison Break), Gregory Itzin (24), et Edward Burns (dans le rôle de Bugsy Siegel).

mob city,tnt,frank darabont,john bernthal,milo ventimiglia,neal mcdonough,alexa davalos,gregory itzin,jeffrey demunn,robert knepper,edward burns,jeremy lukeHélas, cette adaptation du livre de John Buntin, L.A Noir: The struggle for the Soul of America's Most Seductive City, ne sera pas reconduite pour une deuxième saison. La première raison est certainement un taux d'audience insuffisant (1). La seconde serait un litige entre les producteurs et Darabont (la série a coûté cher). Ce dernier s'était déjà brouillé avec la production de The Walking Dead, ce qui l'avait évincé de la troisième saison. C'est dommage car même si elle ne possède pas l'envergure des bijoux de HBO, The Sopranos et Boardwalk Empire (difficile d'égaler ces deux-là), Mob City est une réussite. Jihad Naoufal

 

MOB CITY (TNT / 4-18 décembre 2013 / 6 épisodes de 43 min)

Créateur : Frank Darabont 

Avec John Berntal, Milo Ventimiglia, Neal McDonough, Alexa Davalos, Gregory Itzin, Jeffrey DeMunn, Robert Knepper, Edward Burns, Jeremy Luke.

 

(1) http://itstvnews.com/2013/12/06/audiences-us-mob-city-decoit/

16/02/2014

American Hustle

david o. russell,christian bale,jennifer lawrence,amy adams,bradley cooper,jeremy renner,michael pena,jack hustonOn prend les mêmes et on recommence. Spécialiste es nominations aux Oscars, David O. Russell revient seulement un an après Silver Linings Playbook pour une nouvelle comédie décalée et rempile avec ses acteurs fétiches, soit les paires Bradley Cooper/Jennifer Lawrence (tous deux présents dans le précédent opus) et Christian Bale/Amy Adams (présents dans Fighter (2010) (1)). Ce quatuor impérial va se retrouver au centre d'une des plus grandes arnaques survenues aux Etats-Unis, l'affaire Abscam (dont s'inspire l'histoire). Dans la même lignée mais plus sobre que le délirant Wolf of Wall Street de Martin Scorsese, ce film de débauche fonctionne grâce à un mélange réussi entre sérieux et comique, et un récit éclaté, en dépit d'un manque de rythme récurrent. Avec ses personnages hauts en couleurs (nous sommes dans les seventies), campés par d'immenses acteurs, et une mise en scène irréprochable, O'Russell a en fait concocté un "film à oscars" (10 nominations). Il cumule d'ailleurs 25 nominations sur ces trois derniers opus et a réussi ici la prouesse (record) de faire nommer deux fois de suite ses acteurs dans chaque catégorie d'interprétation. Reste à savoir si Christian Bale (méconnaissable mais brillant de bout en bout) remportera l'oscar du meilleur acteur. Choix douloureux car il sera difficile de trancher entre lui, Matthew MacConaughey (Dallas Buyers Club (2)), et Leonardo DiCaprio (The Wolf of Wall Street). Jihad Naoufal

 

American Hustle (David O. Russell, USA, 2013, 138 min)

Avec Christian Bale, Amy Adams, Bradley Cooper, Jeremy Renner, Jennifer Lawrence, Jack Huston, Robert De Niro, Saïd Taghmaoui.

- 10 nominations - Oscars 2014 *

- Meilleur film (comédie ou musical) - Golden Globes 2014

- Meilleur acteur (Christian Bale) - Golden Globes 2014

- Meilleure actrice (Amy Adams) - Golden Globes 2014

- Meilleure actrice dans un second rôle (Jennifer Lawrence) - Golden Globes 2014

-Production de l'année (Judy Becker) - Hollywood Film Festival 2013

 

* Cérémonie le 2 mars prochain.

(1) Voir notre commentaire sur ce film : 

http://eklektik.hautetfort.com/archive/2011/02/14/the.html

(2) Voir notre commentaire sur ce film : 

http://eklektik.hautetfort.com/archive/2014/01/31/dallas-buyers-club-5286363.html

15/02/2014

Dallas Buyers Club

dallas buyers club,matthew mcconaughey,sida,jared leto,jennifer garner,jean-marc vallée,denis o'hare,steve zahnPériode faste pour McConaughey. Le natif du Texas, acteur confirmé depuis longtemps (1), enchaîne les rôles depuis deux ans et tout azimut : films intimistes ou d'envergure, personnages contrastés... L'acteur prouve qu'il n'est plus désormais cantonné à un seul registre. Il faut dire que son physique de séducteur en faisait un rôle-type pour les comédies, romantiques (The Wedding Planner, 2001; How to loose a guy in 10 days, 2003 ; Failure to Launch, 2006 ; Ghosts of Girlfriends Past, 2009) ou pas (Ed TV, 1999 ; Tropic Thunder, 2008 ; Bernie, 2011). Entretemps, il aura tout de même tourné pour des grands réalisateurs (notamment Steven Spielberg) et campé un avocat à trois reprises. C'est justement depuis The Lincoln Lawyer (2011) qu'il décide de jouer des personnages plus complexes. 2012 marque l'apogée de sa carrière. Il campe un psychopathe dans le dérangeant Killer Joe de William Friedkin, un gigolo chez Steven Soderbergh (Magic Mike), un écorché de la vie dans Mud, un homosexuel dans Paperboy, et fait même une apparition courte mais remarquée dans le dernier Scorsese. Il tourne même pour la télé, étant à l'affiche de la nouvelle série noire de HBO, True Detective. Fin 2014, il tournera dans Intersellar de Christopher Nolan (Memento, Batman, Inception).

Dans Dallas Buyers Club, il est Ron Woodrof, un homme de rodéo, à la vie dissolue, qui découvre qu'il est atteint du virus du sida (McConaughey dû perdre 22 kilos pour ce rôle). Découvrant les failles du système de santé américain, il part en guerre contre celui-ci (en l’occurrence, la FDA), afin de rendre à tous les séropositifs et à lui-même une dignité que le système capitaliste américain ne veut pas leur accorder. Le film est une biographie classique, racontant de manière linéaire et sans fioritures (absence total de romantisme) le combat d'un homme qui aura fait avancer la cause des malades atteints du sida. Sa force réside dans la dimension humaniste du récit, et surtout dans la performance fracassante des deux principaux protagonistes, McConaughey mais aussi Jared Leto (qui se fait de plus en plus rare) dans le rôle d'un transexuel (2). Quant au premier cité, il vient de remporter le Golden Globe du meilleur acteur (3) et pourrait remporter en mars l'Oscar pour la même catégorie (4). On l'espère pour lui en tout cas. Jihad Naoufal

 

Dallas Buyers Club (Jean-Marc Vallée, USA, 2013, 117 min)

Avec Matthew McConaughey, Jared Leto, Jennifer Garner, Denis O'hare, Steve Zahn

 

- 6 nominations - Oscars 2014 *

- Meilleur acteur (Matthew McConaughey) pour un drame - Golden Globe 2014

- Meilleur acteur dans un second rôle (Jared Leto) pour un drame - Golden Globe 2014

-  Meilleur acteur (Matthew McConaughey) - Golden Camera (All) 2014

Meilleur acteur (Matthew McConaughey) - Gotham Awards 2014

Meilleur acteur (Matthew McConaughey) - Hollywood Film Festival 2013

Meilleur acteur dans un second rôle (Jared Leto) - Hollywood Film Festival 2013

Meilleur acteur dans un second rôle (Jared Leto) - New York Film Critics Circle Awards 2014

.....................

 

* Cérémonie le 2 mars 2014

(1) A time to Kill (1996) le fait connaître du grand public.

(2) Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle.

(3) Voir les récompenses des Golden Globe dans notre blog : 

http://eklektik.hautetfort.com/archive/2013/12/14/temp-6355212a825f719ac0fa3ded19e0ac71-5246593.html

(4) Il sera en balance avec Leonardo DiCaprio (The Wolf of Wall Street), Christian Bale (American Hustle), Bruce Dern (Nebraska), et Chiwetel Ejiofor (12 years of Slave).

05/02/2014

L'homme aux serpents

454253.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgA bord de son camion cabossé, Franz Florez parcourt son pays, la Colombie, et fait découvrir ses serpents à un large public. Auparavant, l'Etat colombien lui avait confié la tâche de retaper et gérer le serpentarium de la capitale Bogota. Il y avait ajouté sa collection personnelle de reptiles fascinants et a donc décidé de parcourir cet Etat immense (1.141.748 km²) présentant 10% de la biodiversité mondiale, expliquant aux amateurs comment se comporter avec un serpent, qui n'est "pas aussi dangereux qu'on pourrait le penser". Mais le propos est tout autre. A travers son périple et le partage de sa passion, Florez effectue un plaidoyer pour la préservation de la forêt. Lui et le réalisateur Eric Flandrin le font d'ailleurs au péril de leur vie (une des forces majeures du docu) puisqu'ils traversent une jungle où le conflit colombien (vieux de plus de soixante ans) se poursuit, mettant aux prises l'armée nationale, les guérilleros du FARC, les groupes paramilitaires, et les cartels de la drogue. Et c'est là que nous découvrons (révélation essentielle) que la forêt colombienne (une fraction non négligeable de l'Amazonie) ne doit sa survie actuelle qu'à la poursuite du conflit. Car une fois celui-ci terminé, les grandes multinationales se jetteront dessus comme des vautours afin d'en exploiter les richesses. Court et structuré de manière assez simple, ce docu est en fait plus complexe et parvient à traiter plusieurs thématiques qui se recoupent avec harmonie. Il propose une approche différente d'un pays (et d'un conflit) que nous connaissons mal finalement, et dresse le portrait d'un homme atypique sensibilisant ses compatriotes, malgré un état de guerre permanent, à la catastrophe écologique qui menace leur pays. Cette belle surprise fut diffusée durant une semaine, à partir du 22 janvier 2014, au cinéma Nouvel Odéon à Paris. Eric Flandrin était présent pour parler de son film et répondre aux questions. Jihad Naoufal.

 

L'homme aux serpents (Eric Flandrin, France, 2010, 85 min). Avec Franz Florez.

 

- 2 nominations - Festival de Biarritz, cinémas et cultures d'Amérique Latine 

- Grand Prix - Festival international du film d'environnement de Paris

- Sélection officielle - Festival international de Nyons - vision du réel

- Première caméra - Rencontres internationales du documentaire de Montréal

- Grand prix - Festival international de l'environnement et du développement durable - Argentine

- Grandprix è Festival international cinema planeta - Mexique

04/02/2014

Hommage à Philip Seymour Hoffman

Philip_Seymour_Hoffman_2011.jpgL'acteur américain est décédé dimanche 2 février à l'âge de 46 ans dans son appartement de Manhattan. D'après la police locale, la mort aurait été causée par une overdose d'héroïne (1). Après James Gandolfini (juin 2013) et Paul Walker (novembre 2013), Hollywood perd tragiquement un troisième acteur en moins d'un an.

Issu du monde du théâtre (il est diplômé de la Tish School of the Arts de l'Université de New-York), il tourne dans quelques films indépendants et est remarqué pour la première fois dans Scent of a woman (Martin Brest, 1992). Souvent cantonné aux rôles de seconds couteaux, il se fait à nouveau remarquer dans le culte Boogie Nights (1996) de Paul Thomas Anderson qui en fera son acteur fétiche. Hoffman apparaîtra dans cinq des six films réalisés par l'un des cinéastes les plus talentueux de la nouvelle vague américaine, et remportera en 2012 le prix d'interprétation masculine à la Mostra de Venise pour son rôle dans The Master (2), où il incarnait un leader charismatique, sorte de clin d'oeil à l'apogée du scientologue Ron Hubbard. Entretemps, l'année 2005 avait déjà constitué un tournant dans sa carrière. Il remporte l'ocar du meilleur acteur (et également un Golden Globe dans la même catégorie) pour son interprétation de l'écrivain Truman Capote dans Capote de Bennett Miller.

téléchargement.jpgLa force de l'acteur fut de ne jamais se cantonner à un seul registre, capable de jouer les obsédés sexuels (Happiness, 1998 ; Magnolia, 1999), un looser (25th Hour, 2002), un curé (Doubt, 2008) (3), une éminence grise (The Ides of March, 2011)... Son eclectisme lui vaudra d'ailleurs de tourner aussi dans des films indépendants que de cotoyer les grands réalisateurs comme Sidney Lumet (Before the devils knows you're dead, 2007) (4), et d'apparaître dans des grosses productions. Dans Mission Impossible III (2006), il incarnera avec conviction l'ennemi juré de l'agent Ethan Hunt. Nous l'aurions bien vu d'ailleurs interpréter le rôle tant convoité du mauvais dans un James Bond. Il est apparu tout récemment dans A most wanted man d'Anton Corbijn et nous le verrons en novembre prochain dans le premier volet de la troisième partie de Hunger Games (The Hunger Games: Mockingjay - Part 1). La suite par contre, tournée en ce moment-même, se fera sans lui. Hollywood vient de perdre un très grand acteur. J. N

 

(1) http://nypost.com/2014/02/02/philip-seymour-hoffman-found-dead-in-his-apartment/

(2) Voir notre commentaire : 

http://eklektik.hautetfort.com/archive/2013/01/06/the-master.html

(3) Voir notre commentaire : 

http://eklektik.hautetfort.com/archive/2009/02/24/doubt.html

(4) Voir notre commentaire : 

http://eklektik.hautetfort.com/archive/2007/10/07/07h58.html

09:00 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (2)

03/02/2014

Nymphomaniac 1 & 2

nymphomaniac,lars von trier,charlotte gainsbourg,shiah labeouf,stacy martin,willem dafoe,uma thurman,jamie bell,christian slater,stellan skarsgardDésormais persona non grata au Festival de Cannes, le cinéaste le plus sulfureux et provocant du moment n'en finit plus de susciter la controverse. Inspirée des récits du marquis de Sade, l'histoire relate le parcours sexuel de Joe, "le canard silencieux", se confessant dans une chambre miteuse à Seligman (Stellan Skarsgard), un vieux célibataire. En huit chapitres (5 dans la première partie, 3 dans la seconde), elle raconte avec force détails les jalonnements - semés d'embûches -  d'une vie sexuelle débridée, de sa plus tendre enfance jusqu'à ses cinquante ans. "Innocent", Seligman fait office temporairement de psychanaliste, sorte de réincarnation de Sigmund Freud. Pour adhérer au propos de la psychose féminine, déjà abordé dans Antichrist (2009) et Melancholia (2011), il faut bien entendu apprécier l'univers du réalisateur danois (la question de la dimension misogynique est secondaire), faute de quoi il serait inutile de se déplacer. Heureusement que le film, qui cumule quatre heures pleines, fut découpé en deux parties (sorti en salles à trois semaines d'intervalle), avons-nous envie de dire. Car le premier volet, très vraisemblable (osons le dire), se concentrant sur l'histoire d'une jeune femme désirant assouvir ses fantasmes sexuels quitte à se faire traiter de tous les noms (Seligman fera remarquer par la suite, et à juste titre, que s'il s'agissait d'un homme, personne n'aurait rien eu à dire), laissera le relais à une suite où un sadomasochisme des plus extrêmes constituera la norme. Pris d'un sentiment de jubilation après l'acte 1, nous sommes sortis littéralement terrassés après le second acte. Et dire que cette montée inexorable en crescendo devait durer cinq heures à la base... Au final, cette réflexion philosophico-sexuelle, nouvelle marque de fabrique de Lars von Trier, est plus qu'intéressante dans sa globalité et en vaut largement le détour. Toutefois, âmes sensibles s'abstenir. Jihad Naoufal

Nymphomaniac (Lars Von Trier, Dan/All/Bel/Fr, 2013, 118 min + 124 min).   Avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgard, Stacy Martin, Shiah Labeouf, Christian Slater, Willem Dafoe, Uma Thurman, Jamie Bell, Sophie Kennedy Clark.

02/02/2014

Le vent se lève

hayao miyazaki,le vent se lève,japonLe dernier de Miyazaki a beaucoup fait parler. Et pour cause, le maître es animation vient de tirer sa révérence après plus de trente ans de bons et loyaux services (l'expression est faible). Celui qui avait débuté en 1979 (déjà) avec Le château de Cagliostro considère qu'il est désormais trop âgé (72 ans) pour réaliser un long-métrage. En 1984, à une époque où les moyens techniques n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui, il réalisait Nausicaä, une fable écologique qui restera une référence en la matière. Cette sensibilisation à l'environnement sera agrémentée en 1997 d'une dimension épique avec le culte Princesse Mononoké, premier grand succès du studio Ghibli (15 millions de spectateurs au Japon). L'écologie et le non-recours à la guerre (Le château dans le ciel, 1986) seront d'ailleurs ses thèmes-clés (sa famille dû fuir les bombardements américains lors de la Seconde guerre mondiale), sans oublier bien entendu l'enfance, avec les magnifiques Mon voisin Totoro (1992) (1) et Ponyo (2009) (2), et un autre film culte, Le voyage de Chihiro (2001), première animation japonaise à recevoir un oscar, mais également première du genre à remporter l'Our d'or au Festival de Berlin.

hayao miyazaki,le vent se lève,japonEntre un numéro dédicace des Cahiers du cinéma (janvier 2014), un supplément de Studio Cinélive (décembre 2013), et d'autres publications et commentaires (un article dans les Inrocks), il a beaucoup été dit sur l'ultime bijou du maître à penser du studio Ghibli. Difficile donc d'ajouter quelque chose dix jours après la sortie du film. Certains se sont demandés s'il s'agirait d'un nouveau chef-d'oeuvre bouclant une oeuvre déjà foisonnante. Le débat n'a pas lieu en fait, tant il est difficile de faire mieux que Princesse Mononoké et Le voyage de Chihiro, les deux productions les plus abouties. L'intrigue tourne autour de Jiro, un grand admirateur des avions de guerre façonnés par l'ingénieur italien Caproni. Atteint de myopie, il ne pourra jamais piloter mais compensera ce rêve en devenant lui aussi ingénieur aéronautique, en passe de réaliser un modèle inégalable alors que le Japon va bientôt faire son entrée dans le Second conflit mondial aux côtés de l'Allemagne nazie.

hayao miyazaki,le vent se lève,japonOn retrouve donc l'univers grave de la guerre, cher à Miyazaki, mais aussi et surtout le thème des avions, qu'il avait déjà esquissé dans Porco Rosso (1992). L'amour et l'enfance sont eux aussi présents. Ce récit à plusieurs niveaux et thématiques, parfois éprouvant (tant les séquences sont étirées), est comme souvent façonné par des couleurs époustouflantes, dont seul Miyazaki a le secret. On notera au passage que l'affiche du film ressemble d'une certaine manière à La femme à l'ombrelle (voir ci-contre), une toile célèbre de Claude Monet (hommage à l'impressionnisme français ?). On s'attendait peut-être à ce que Miyazaki finisse sur une histoire joyeuse mais c'est oublier qu'il ne fait jamais la même chose deux fois de suite. Ponyo nous avait fait sourire, nous en avions gardé un sentiment de joie et d'apaisement. Ici, ce mélodrame classique ne nous a pas particulièrement ébranlé mais vient s'ajouter à la large panoplie d'un cinéaste à l'imagination débordante, qui manquera beaucoup au monde de l'animation et à qui nous tirons notre chapeau. Jihad Naoufal

 

Le vent se lève (Hayao Miyazaki, Japon, 2013, 126 min).   Voix : Hideaki Anno, Miori Takimoto, Hidetoshi Nishijima, Masahiko Nishimura, Stephen Alpert, Morio Kazama.

- 1 nomination (Meilleur film d'animation) - Oscars 2014 (3)

- 1 nomination (Meilleur film de langue étrangère) - Golden Globes 2014

- Meilleur film d'animation - National Board of Review 2013

- Meilleur film d'animation - Chicago Film Critics Association Awards 2013

- Meilleur film d'animation - Central Ohio Critics Association 2013

- 2 nominations - Awards of the Japanese Academy 2014

- 2 nominations - Blue Ribbon Awards 2013

- Meilleur film d'animation - Boston Society of Film Critics Awards 2013 

- En compétion (Lion d'or) - Mostra de Venise 2013

 

Filmographie de Hayao Miyazaki

2013 : Le vent se lève

2008 : Ponyo

2004 : Le château ambulant

2001 : Le voyage de Chihiro

1997 : Princesse Mononoké

1992 : Porco Rosso

1989 : Kiki, la petite sorcière

1988 : Mon voisin Totoro

1986 : Le château dans le ciel

1984 : Nausicaä

1979 : Le château de Cagliostro

 

(1) Voir notre commentaire :

http://eklektik.hautetfort.com/archive/2008/05/04/mon-voisin-totoro.html

(2) Voir notre commentaire : 

http://eklektik.hautetfort.com/archive/2009/04/22/ponyo.html

(3) Cérémonie le 2 mars 2014.