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01/09/2018

A tombeau ouvert

michel warschawski,israël,palestine,apartheid,foyer national juif,accords d'oslo,yitzhak rabin "J'ai tenté de dresser l'état des mieux d'une société gravement malade qui a dans une large mesure perdu ses freins dans une course folle, effaçant "toute sensibilité morale et toute intelligence culturelle" et qui détruit tout sur son chemin, y compris la possibilité même de vivre un jour en coexistence pacifique avec le monde arabe alentour".

Alors que l'Accord d'Oslo d'août 1993 - signé entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin - semblait ouvrir une ère nouvelle dans les relations israélo-arabes, quelques années plus tard, le processus de paix israélo-palestinien était au point zéro. Pis encore, celui-ci est à un niveau bien en dessous de la période ante-1993. Hormis le fait qu'il est désormais "impossible" de critiquer Israël, comme l'a si bien montré et critiqué Pascal Boniface il y a une quinzaine d'années, l'establishment politico-militaire israélien a versé dans une violence et un cynisme sans précédent. Mais surtout, comme l'explique Michel Warschawski, journaliste, militant pacifiste d'extrême-gauche et anti-sioniste israélien, c'est la société israélienne dans sa grande majorité qui a sombré dans le messianisme et le militarisme, considérant le peuple palestinien comme moins que rien et estimant que le laisser exister est déjà beaucoup... Si l'auteur considère que le 5 novembre 1995 (assassinat de Rabin) marque un tournant dans la politique palestinienne de l'Etat hébreux, il va en fait beaucoup plus loin et remonte à la nature contradictoire (Juif et démocratique) de l'Etat israélien où, comme on le sait, l'armée joue un rôle politique sans précédent, où "les officiers supérieurs font des déclarations politiques, menacent le gouvernement et s'adressent directement au peuple".

A l'heure où la Knesset vient de voter une loi définissant Israël comme "foyer national juif", officialisant (sans le reconnaître bien entendu) une politique d'apartheid, il est essentiel de lire cet ouvrage écrit en 2003 et constituant à la fois un réquisitoire contre les politiques appliquées à la population palestinienne et un plaidoyer pour une société israélienne plus humaine. Un livre coup de poing.  J. N

"La dégénérescence d'Israël, ce n'est pas seulement sa militarisation extrême et le messianisme nationaliste qui dominent le discours politique actuel. C'est aussi (...) un pourrissement de tout ce qui distingue une société civilisée d'un gang de voyous. (...) Le problème d'Israël n'est pas tant le poids des partis religieux et de leur idéologie dans l'appareil d'Etat, que l'absence de mouvement véritablement laïc et démocratique. (...)

 

Michel Warschawski, A tombeau ouvert. La crise de la société israélienne, Paris, La Fabrique, 2003, 125 p.

25/08/2018

La guerre de 1948

31C9K3RDDHL._AC_US218_.jpgOn aurait pu penser à la confrontation de deux points de vue opposés mais il ne s'agit pas de cela. Historien, professeur d'Université, faisant partie des "nouveaux historiens" israéliens mais également marxiste et anti-sioniste, Ilan Pappé propose - nouvelles archives accessibles à l'appui - une nouvelle histoire de la création de l'Etat d'Israël en mai 1948 et de la première guerre israélo-arabe qui s'en est suivie, une histoire plus axée sur les développements politiques que vers les aspects militaires. La raison est que "le destin de cette guerre s'est joué entre les politiciens des deux bords, avant même que le premier coup de feu ait été tiré. La seconde est que l'échec des parties à conclure une paix globale, après la guerre, est la principale raison du conflit israélo-arabe actuel" (p. 8).

515rpBbV2sL._AC_US218_.jpgHistorien palestinien qui a enseigné à Oxford, Harvard et à l’Université américaine de Beyrouth, secrétaire général de l'Institut des études palestiniennes depuis sa fondation en 1963, Walid Khalidi retrace pour sa part l'histoire de la guerre qui a suivi la proclamation de l'Etat hébreux le 15 mai 1948. La nouveauté ici est qu'il bat en brèche deux récits mythiques liés à cette guerre et défendus par chacun des deux bords. Selon l'historiographie officielle israélienne, Israël affrontait les armées de cinq Etats arabes (Egypte, Transjordanie, Irak, Syrie, Liban), supérieures en effectifs et en armement sophistiqué. Pour les historiens arabes, les armées arabes l'auraient emporté s'il n'y avait pas eu un premier cessez-le-feu imposé par les grandes puissances, permettant à Israël de se réorganiser puis de l'emporter.

Voici donc deux ouvrages précieux qui se complètent, la description minutieuse de la guerre (Khalidi) s'accouplant parfaitement à une histoire politique et diplomatique détaillée (Khalidi). Deux ouvrages indispensables pour qui veut dépasser les fantasmes irrationnels (arabes comme israéliens) et comprendre comment l'Etat hébreux a pu être constitué au milieu de régimes arabes cyniques, incompétents (et ne s'intéressant à la question palestinienne que dans le sens d'un renforcement de leur puissance), comment ce dernier l'a emporté en 1948-1949, et pourquoi le conflit israélo-palestinien n'est toujours pas résolu 70 ans plus tard.  J. N

 Ilan Pappé, La guerre de 1948 en Palestine. Aux origines du conflit israélo-arabe, Paris, La Fabrique, 2000 (1992), 388 p. Traduit de l'anglais par Michel Luxembourg.

Walid Khalidi, 1948. La première guerre israélo-arabe, Beyrouth, Etudes palestiniennes, Paris, Actes Sud, 2013 (1998), 163 p. Traduit de l'arabe par Farouk Mardam-Bey.

20/08/2018

La Corée du Nord à bicyclette

decrescenzo éditeurs,corée du nord,john everardContrairement à ce que pourrait laisser entendre le titre, il ne s'agit pas d'un road trip à bicyclette en Corée du Nord. Ancien diplomatique britannique, John Everard a été ambassadeur dans ce pays de 2006 à 2008. Désirant aller au-delà des "on dit" et des fantasmes et clichés qui circulent sur cet Etat autoritaire et déviant, Everard ne s'est pas contenté de jouer son rôle d'ambassadeur. Il a beaucoup bougé, parlé à beaucoup de monde (ce qui est assez rare pour un étranger en Corée du Nord). C'est ainsi qu'il a systématiquement confronté ce qu'il a vu et ce qu'il a entendu, parlant toujours (et c'est un plus qui montre qu'il n'y a pas ici de tentative de propagande - dans un sens comme dans un autre), avec beaucoup de prudence. Et c'est ce qui l'honore car il a bien saisi que tout portrait dressé d'un pays ne peut être que subjectif. Hormis le fait que le portrait dressé est très global (géopolitique, rapport au monde, accès des habitants à la nourriture et à l'électricité...etc), le livre est divisé en parties et chapitres indépendants les uns des autres (société, régime, économie, étrangers en Corée du Nord...etc.), ce qui permet au lecteur de passer à telle ou telle rubrique sans problème. A l'heure où la Corée du Nord de Kim Jung-un fait à nouveau parler d'elle (esquisse de rapprochement avec la Corée du Sud, rencontre au sommet avec Donald Trump), lire cet ouvrage est précieux pour ceux qui s'intéressent à un pays que finalement, on ne connaît que très peu. J. N

John Everard, La Corée du Nord à bicyclette. Un diplomate à Pyongyang, Fuveau, Decrescenzo éditeurs, 2018, 317 p.

14/08/2018

L'Instinct de mort

l'instinct de mort,jacques mesrineEmprisonné une unième fois durant les années 1970 après avoir enchaîné cambriolages, braquages et évasions, Jacques Mesrine, le Jesse James français avait écrit son autobiographie en prison. Celle-ci correspond d'ailleurs au premier volet du biopic réalisé en 2008 par Jean-François Richet (1). Se lisant (très) rapidement (c'est typiquement de la littérature), le livre est une succession chronologique de crimes et d'évasions effectuées par celui qu'on appelait "le Grand". S'il y a quelque chose que avons retenu de tout cela c'est 1) faire de la prison est nullement rédempteur ; 2) les activités illicites de Mesrine (soit le goût du risque et de l'adrénaline) étaient devenues une drogue, une obsession irréversible. J. N

"(...) L'homme qui franchit les portes d'une prison en reste marqué à vie quoi qu'il fasse sur le chemin de la réinsertion sociale. La société est vindicative... Un ex-condamné ne sera jamais quitte de sa dette, même après l'avoir payée... On lui imposera l'interdiction de séjour, on lui refusera le droit de vote, mais on le fera payer ses impôts et on le mobilisera si une guerre se produit. On lui reconnaîtra le droit de payer et de mourir pour son pays... mais pas celui de choisir le genre de société dans laquelle il veut vivre. Châtré de ses droits civiques, il restera toujours un "ex-taulard". L'homme à qui on refuse le droit de décision n'est qu'une moitié d'homme. Il se soumettra ou se révoltera."

 Jacques Mesrine, L'Instinct de mort, Flammarion, Pocket, 2009, 472 p.

 

(1) Deux volets de 2 heures chacun : 1.L"Instinct de mort ; 2.L'ennemi public numéro 1.

07/08/2018

Les joueurs de Titan

philip k. dick,les joueurs de titan,science-fictionDans un monde dépeuplé, après qu'un virus ait éradiqué la majorité de la population de la planète, les habitants sont tous quasiment stériles mais également immortels... Ces humains partagent la Terre avec une race extraterrestre, les Vugs. Ces derniers ont mis en place le Jeu, sorte de poker ultramoderne, vous permettant de posséder des régions entières ou de perdre votre femme. L'histoire n'est pas sans rappeler le premier roman de Philip K. Dick, Loterie solaire (1955), dans lequel une loterie géante vous permettait de devenir le Meneur de jeu, c'est-à-dire gouverner le monde.

Le point commun entre ces deux romans est l'imagination par Dick d'une société d'une part bâtie sur le divertissement, ou ce que Guy Debord avait appelé "La société du spectacle", et d'autre part qui proscrit les sentiments et a pour mots d'ordre cynisme et pragmatisme. Comme Loterie solaire, ce polar futuriste se lit d'une traite, et questionne au passage les thèmes de la télépathie et de l'usage de drogues chimiques. Surtout, de par les petites touches futuristes qui apparaissent en filigrane (des ascenseurs et des voitures qui parlent, des voitures volantes, des distances géographiques qui ne signifient plus vraiment grand chose), ce roman plus ou moins dystopique nous rappelle que le futur c'est déjà demain.  J. N

Philip K. Dick, Les joueurs de Titan, J'ai Lu, 2014, 255 p.

Paru pour la première fois en 1963 sous le titre original The Game Players of Titan.

28/07/2018

La peur des barbares

tzvetan todorov,la peur des barbares,civilisation,barbarie,islamisme,islamophobie,identités collectives"Dans le monde d'aujourd'hui et de demain, les rencontres entre personnes et communautés appartenant à des cultures différentes sont destinées à devenir de plus en plus fréquentes ; leurs participants sont les seuls à pouvoir empêcher qu'elles se transforment en autant de conflits. Avec les moyens de destruction dont nous disposons actuellement, leur embrasement pourrait mettre en danger la survie de l'espèce humaine. C'est pourquoi il est nécessaire de tout faire pour l'éviter. Telle est la raison d'être du présent livre". (1)

Pour ce faire, l'éminent historien, philosophe, sociologue et essayiste Tzvetan Todorov (1939-2017) nous éclaire sur plusieurs thèmes qui constituent les chapitres de son essai : 1.Barbarie et civilisation ; 2.Les identités collectives ; 3.La guerre des mondes ; 4.Naviguer entre les écueils (évocation de plusieurs cas particuliers de conflits intérieurs aux sociétés européennes ; 5.L'identité européenne. A travers ces notions, l'auteur a voulu "échapper aux approximations et aux amalgames, aux manichéismes et à la désignation de boucs émissaires, ainsi qu'à la posture avantageuse de redresseur de torts" (2).

Car c'est bien là le problème de la plupart des humains : une vision manichéenne du monde et une incapacité à faire du discernement... Dix ans après sa parution, cet ouvrage demeure d'actualité (humiliations subies par des pays de la part de grandes puissances politiques, guerres civiles et régionales, Etat islamique...etc.). Il a également le grand avantage d'être accessible (de par son écriture claire et agréable) à un large public. Une réflexion incisive qui nous permet d'aborder de manière globale et objective les enjeux du monde actuel.  J. N

Tzvetan Todorov, La peur des barbares. Au-delà du choc des civilisations, Paris, Robert Laffont, 2008, 312 p.

 

(1) p. 24.

(2) p. 26.

25/07/2018

Le bal des schizos

philip k. dick,le bal des schizos,dystopie,we can build youUne fois le roman terminé, la première constatation est que le titre n'a (presque) rien à voir avec le contenu. Ça arrive souvent, surtout chez Philip K. Dick (vu la bizarrerie de certains de ses titres de romans) mais là c'est vraiment trompeur. Là où on s'attendait à un trip de schizophrénie, il s'agissait en fait de quelque chose d'ostensiblement différent. Dans une Amérique dystopique (une fois n'est pas coutume), toute manifestation chez les humains de dépression ou de trouble mental est scrutée par les autorités et vaut à la personne en question d'être internée dans un centre rigoureusement contrôlé par le Bureau Fédéral de Santé Mentale. Le principal protagoniste, Louis Rosen, personnage en rupture de ban (c'est souvent le cas chez Philip K. Dick), voit son monde basculer le jour où il rencontre Pris, schizophrène qui vient d'être libérée par le système. Avec son père, celle-ci fabrique des automates plus vrais que nature. Après Edwin Stanton, héros de la guerre de Sécession, ces derniers s'attaquent ni plus ni moins à Abraham Lincoln. Alors qu'il semble y avoir une absence totale de sentiments chez Pris, les automates en question semblent plus humains que les humains eux-mêmes. C'est là où le titre en anglais prend tout son sens : "We can build you" (difficile en effet d'effectuer ici une traduction littérale - "nous vous façonnons" ?). Étrange monde où d'une part, les humains sont déshumanisés et les robots humanisés... C'est autour de ce thème que s'articule l'histoire (et où le titre en français n'a donc pas de sens). Un thème à deux volets qui prolonge une oeuvre comme Blade Runner (1968) et préfigure une autre, Radio Libre Albemuth (1985)J. N

Philip K. Dick, Le bal des schizos, Paris, J'ai lu, 2014, 283 p.

Paru pour la première fois en 1972 sous le titre original We can build you.

14/07/2018

La démondialisation

mondialisation,démondialisation,jacques sapir,économie,libre-échangeÉconomiste français de renommée internationale, Jacques Sapir décortique ici le fonctionnement de la mondialisation économique - processus irréversible depuis la fin de la guerre froide (ou ce qu'on appelle la troisième mondialisation), en s'attardant plus spécifiquement sur la mondialisation marchande et la mondialisation financière. Si la démondialisation est dans son acception large un concept mettant en avant une autre forme de mondialisation économique (à l'instar du mouvement altermondialiste) et stigmatisant les effets néfastes du libre-échange et de la dérégulation des finances, les définitions diffèrent toutefois. Pour Jacques Sapir, il s'agit de mettre en place une protection commerciale ou du protectionnisme, se traduisant par un retour aux barrières douanières, ce qui permettrait d'atténuer la concurrence au niveau mondial, celle-ci ne profitant qu'aux pays les plus riches. Si l'analyse est très technique, elle n'en demeure pas moins accessible à un large public. Les défenseurs ardents de la mondialisation ont clamé à cors et à cris que celle-ci profiterait à l'ensemble de la planète; il n'en a rien été en fait. Démontrant cela, cet ouvrage indispensable nous permet de comprendre les aberrations des théories néolibérales et du libre-échange.  J. N

Jacques Sapir, La démondialisation, Paris, Seuil, 2011, 272 p.