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23/04/2020

Ce qui mordait le ciel...

serge brussolo,science-fiction,sumar,thomoks,michel bussi,compagnie intergalactique de pompes funèbres,rite funéraireC'est lors d'un récent voyage qui nous a fait traverser la Tchéquie, la Pologne et la Slovaquie que nous avons lu notre quatrième roman de science-fiction - après Le syndrome du scaphandrier, Boulevard des banquises et La nuit du bombardier - de Serge Brussolo que nous considérons être un peu le Philip K. Dick de la SF made in France. Ce récit paru pour la première fois en 1984 raconte le périple de David. Au bord de la rupture et travaillant pour la Compagnie Intergalactique de Pompes Funèbres, celui-ci est dépêché d'urgence sur la planète Sumar. Sur celle-ci, a été expédié par erreur un produit destiné à développer autour du cadavre un agglomérat cristallin indestructible. Spécialisée dans les rites funéraires, la CIPF entend régler rapidement cette erreur de livraison, d'autant plus que ledit produit a vacciné des espèces de bêtes géantes, les thomocks, entraînant la dispersion dans l'espace de gigantesques masses cristallines. Cette situation dérègle au passage la vie des locaux qui doivent s'adapter tant bien que mal et David se retrouve au milieu de cette atmosphère de mutation hallucinée...

Nous devons reconnaître que nous avons eu un peu de mal à suivre le récit - moins aisé à lire que les œuvres citées - plus particulièrement après l'arrivée du principal protagoniste sur Sumar. Mais qu'importe, on retrouve ici l'imagination débordante qui a fait la notoriété de l'auteur, entre visions fantasmagoriques, situations lugubres et comportements morbides. On retrouve en fait les thèmes classiques de la SF de Brussolo : une société coupée du monde, un héros (ou anti-héros, c'est selon) au bord de la déchéance, l'humour noir, une humanité en décrépitude (que la pandémie actuelle du Covid-19 a, selon nous, mis en exergue...). S'il n'est pas notre roman SF préféré de l'auteur (mais nous n'en n'avons pas lu assez), une constatation nous vient tout de même à l'esprit : comment se fait-il que de telles oeuvres ne soient pas adaptées au cinéma (même constat pour le génial Christopher Priest) lorsque nous réalisons bien que la Science-Fiction n'a pas souvent fait d'éclats au cinéma? A ce propos, Michel Bussi déclare que Serge Brussolo "a un peu le statut d'artiste maudit, peut-être parce qu'il n'a pas été adapté au cinéma"...  J. N

Serge Brussolo, Ce qui mordait le ciel..., FOLIO SF, 2006 (1984), 216 p.

11/08/2019

La Commune et les Communards

commune (1871),commune,la commune et les communardsSi cet événement très court (mars-mai 1871) et réprimé dans le sang (6000 à 7500 morts chez les insurgés durant la Semaine sanglante dont 137 exécutions sur le Mur des Fédérés) n'eut pas d'influence sur la suite des événements (pouvoir législatif dominé par les monarchistes, président pro-monarchiste en la personne d'Adolphe Thiers), il n'en demeure pas moins, dans la mémoire collective française, une grande cause, celle de la lutte pour la liberté et la justice (inspirant au passage la Révolution russe de 1917 et les Révolutionnaires de la Guerre d'Espagne de 1936-1939). Si le débat sur la Commune n'est pas terminé, on peut affirmer que celle-ci fut essentiellement une réaction patriotique, une révolution urbaine ainsi qu'une conquête par les classes populaires.

commune (1871),commune,la commune et les communardsLoin des mythes, des exagérations mais aussi des minimisations, Jacques Rougerie, historien du mouvement ouvrier et spéciale de la Commune, raconte dans une première partie ("Paris insurgé. La Commune de 1871") cette aventure tragique, puis dans une seconde ("Le procès des communards") - sans doute trop longue par rapport à la partie I - instruit le procès des protagonistes (procès-verbaux à l'appui) tout en tentant de cernier l'essence de la Commune, les divergences en son sein ainsi que son rapport à la démocratie. L'ouvrage - dont l'écriture est agréable - se lit rapidement et permet de comprendre de manière globale ce que fut cette révolution avortée mais constituant une référence à de nombreux égards. J. N

 

Jacques Rougerie, La Commune et les Communards, Paris, Gallimard, Folio Histoire, 2018 (1978), 427 p.

17/07/2019

Fascisme, nazisme, autoritarisme

philippe burrin,fascisme nazisme autoritarisme,fascisme,extrême-droite,dictature,nazisme,autoritarismeDirecteur de l'Institut des hautes études internationales et du développement à Genève, Philippe Burrin est un historien dont les recherches portent sur les idéologies, les mouvements et les partis politiques en Europe durant l'entre-deux-guerres.

Dans cet ouvrage, accessible à un public large, Philippe Burin traite de la nature du fascisme, les causes de son succès, ses rapports avec l'autoritarisme, avec le communisme, ses variations dans l'espace et dans le temps. Dans une première partie ("Comparaisons"), fascisme et nazisme sont comparés, Burrin montrant les rapprochements et différences entre ces deux phénomènes trop souvent galvaudés. Son analyse fine et nuancée permet au lecteur néophyte de bien assimiler l'essence de ces deux notions. Après une deuxième partie sur le nazisme ("La crise nazie"), l'auteur s'attarde sur le régime de Vichy et examine la thèse d'un "fascisme à la française" (de l'historien israélien Zeev Sternhell). Plus nuancé, il parle plutôt d'un "fascisme faible et incomplet" (p. 246).

Incisive, objective et dépassionée, la réflexion de Burrin permet de comprendre ce phénomène dans sa globalité et d'éliminer les amalgames faciles et les comparaisons douteuses. La formule est simple : comprendre le fascisme passe nécessairement par la lecture de cet ouvrage brillant.  J. N

Philippe Burrin, Fascisme, nazisme, autoritarisme, Paris, Editions du Seuil, 2017 (2000), 315 p.

14/07/2019

Coulez mes larmes dit le policier

philip k. dick,coulez mes larmes dit le policier,science-fictionStar de la télévision, suivi par 30 millions de téléspectateurs, Jason Taverner n'est plus reconnu par personne du jour au lendemain. Il semble tout simplement n'avoir jamais existé. Malheur pour lui car dans une Amérique transformée en Etat policier, ne pas posséder de papiers d'identité risque fortement de vous envoyer en camp de travail...   Ayant pour suite le chef-d'oeuvre Radio free Albemuth et accompagnant Philip K. Dick durant les dix dernières années de sa vie, ce roman marque de même un moment charnière, le passage à la phase d'écriture des années 1970 de l'écrivain. "Sa genèse a été très longue, pleine de rebondissements, de mystères et, plus tard, de révélations" (postface d'Etienne Barillier, p. 273). C'est un trip à la mescaline extrêmement intense qui lance Dick dans l'écriture de ce roman qui doit parler d'amour, sous toutes ses formes. Le manuscrit est écrit en quelques mois durant une période où Dick vit son quatrième divorce. Mais l'auteur y apporte des corrections en janvier-juillet 1973. Paru en 1974, Coulez mes larmes, dit le policier obtient le Prix John W. Campbell Memorial. En 1975, paraît la première traduction française (collection Le Masque Science), intitulée Le prisme du néant. Celle-ci ne comprend pas les coupes de 1973. Elle "comportait une petite vingtaine de pages supplémentaires, notamment un long développement sur les différentes formes de l'amour. Dans les rééditions suivantes, avec une traduction revue et un titre correct, les passages supplémentaires étaient signalés entre crochets" (Ibid, p. 277). L'ouvrage de la présente édition date de 1988 (ne comprenant pas les passages supplémentaires). Correspondant ainsi à la période la plus mystique de Dick (qui comprend également Substance mort et la Trilogie divine, Coulez mes larmes) combine délires psychédéliques, autobiographie, distorsion de la réalité et peur d'un monde totalitaire. L'écriture est fluide (ce qui n'est pas la tendance générale pour la période années 1970), l'histoire est touchante, et comme souvent beaucoup de choses ne sont pas claires. Au lecteur de se faire un trip. A lire et à relire. J. N

Philip K. Dick, Coulez mes larmes, dit le policier, Paris, J'ai Lu, 2013 (1988), 287 p.

Paru pour la première fois en 1974 sous le titre original Flow my tears, the policeman said.

15/02/2019

L'industrie de l'Holocauste

415s5ObXtZL._SX323_BO1,204,203,200_.jpgAlors que Michel Warschawski dénonçait les politiques du gouvernement israélien appliquées à la population palestinienne et effectuait un plaidoyer pour une société israélienne plus ouverte, et que Pascal Boniface démontrait à la même époque comment il était devenu impossible de critiquer l'Etat israélien sous peine (non justifiée) d'être taxé d'antisémitisme, Norman G. Finkelstein, fils de survivants du ghetto de Varsovie et politologue américain, effectue une étude précise et une mise en accusation de ce qu'il appelle "l'industrie de l'Holocauste". Grâce à cette industrie (exploiter la souffrance des Juifs ayant subi la Shoah), l'Etat israélien et la société israélienne se sont assignés un rôle de victimes. "Cette façon spécieuse de se poser en victime rapporte des dividendes considérables et en particulier elle immunise contre toute critique, si justifiée soit elle" (p. 7). Finkelstein démontre (le tout est minutieusement documenté) que la mémoire de l'Holocauste est une construction idéologique liée à des intérêts précis et que "ce sont des hommages qui s'adressent non pas à la souffrance juive, mais à la puissance juive" (p. 12).

Au passage, l'auteur montre que l'industrie de l'Holocauste falsifie l'histoire (chapitre II : la manipulation de l'histoire), ses idéologues mettant en avant le caractère historiquement unique de l'Holocauste et faisant de celui-ci le point culminant de la haine irrationnelle et éternelle des Gentils contre les Juifs. Machinerie bien huilée et bénéficiant du soutien inconditionnel du gouvernement des Etats-Unis, l'industrie de l'Holocauste s'est notamment lancée dans une croisade financière contre des banques suisses et l'Allemagne (chapitre III : la double extorsion), réclamant des compensations financières astronomiques pour les descendants de Juifs ayant subi la Shoah. Là où le bas blesse, c'est que la quasi-totalité de cet argent a en fait rempli les caisses des organismes juifs et pro-sionistes, notamment américains, qui n'en ont reversé qu'une partie infime (ou rien pour certaines associations) aux personnes supposées être en droit d'obtenir une telle rétribution... 

Norman G. Finkelstein, L'industrie de l'Holocauste. Réflexions sur l'exploitation de la souffrance des Juifs, Paris, La Fabrique, 157 p.

13/01/2019

Le canal ophite

space opera,science-fiction,john varley,dystopie,le canal ophiteVoilà belle lurette que les humains ne vivent plus sur Terre. Chassés par des envahisseurs dont on ne sait quasiment rien, ils sont disséminés un peu partout dans le système solaire, notamment sur la lune. Depuis plus de quatre siècles, le Canal Ophite (un rayon laser dont nul ne connait la source) fournit aux humains des informations technologiques inestimables, leur permettant de survivre. Mais voilà qu'un jour, ceux qui envoient les fameux messages demandent rétribution, faute de quoi des sanctions terribles suivront... Sur Aquarius 14, Lilo, biologiste brillante, est sur le point d'être exécutée pour avoir mené des expériences interdites. Mais le gouvernement a besoin d'elle pour une mission de haute importance. C'est ainsi qu'elle sera clonée à de multiples reprises et tentera de briser l'énigme du Canal Ophite.

Avec celui-ci, John Varley (lauréat, entre autres, des prix Hugo, Nebula, Locus et Apollo) inaugurait sa série des Huit mondes (suivront Gens de la lune, Le système Valentine et Blues pour Irontown). La réflexion est intéressante et n'est pas sans rappeler Les enfants d'Icare d'Arthur C. Clarke, soit l'humanité à la merci d'extra-terrestres dont on ne connaît pas les réelles intentions... Réflexion de même sur l'eugénisme, l'avenir de l'humanité...etc. Si l'intrigue est complexe et la narration décousue par moments, le livre se lit quand même avec plaisir et d'une traite. La complexité des personnages ajoute au plaisir. Le degré d'imagination de Varley fait de ce croisement subtil entre space opera et dystopie une référence en matière de science-fiction. Reste désormais à lire le reste de la "tétralogie" des Huit mondes

John Varley, Le Canal Ophite, Folio SF, 2004, 343 p.

Publié pour la première fois en 1977 sous le titre original The Ophiuchi Hotline.

18/11/2018

Au cœur du troisième Reich

41pyjtv5QuL._SX333_BO1,204,203,200_.jpgFigure complexe et controversée de l'Allemagne nazie, Albert Speer (1905-1981) était l'architecte en chef du Parti nazi (NSDAP, il y adhère en 1931) puis du IIIème Reich (1934). A partir de sa prise de fonctions ministérielles, il intégrait le cercle très restreint des proches d'Adolf Hitler. En temps que ministre des armements et la production de guerre (1942-1945), Speer parvint à accroître la production allemande malgré les bombardements alliés. Cette fonction le rendait ainsi responsable des travaux forcés imposés à des centaines de milliers de Juifs et autres nationalités dans les usines ou camps de concentration allemands.

C'est ainsi que lors du fameux procès de Nuremberg (20 novembre 1945 - 1er octobre 1946), jugeant les dignitaires allemands à la fin de la Seconde guerre mondiale (1939-1945), il fut inculpé de deux chefs d'inculpation (crimes de guerres, crimes contre l'humanité) sur quatre. Il échappa de peu à la pendaison car son sort nécessita deux jours de négociation et un marchandage féroce entre les huit juges (3 désirant la peine de mort) pour qu'un compromis fut trouvé. Pour avoir désobéi vers la fin du conflit aux ordres de Hitler de démolir toutes les installations industrielles en Allemagne et dans les territoires occupés, Speer n'écopa finalement que de 20 ans de prison. C'est quelques années après sa libération qu'il publia cette autobiographie, considérée comme le témoignage le plus clairvoyant et précieux de l'univers hitlérien et de la Seconde guerre mondiale vue d'Allemagne. J. N

Quatrième de couverture

"Maintenant, écrivit Hugh Trevor-Roper en 1948, après qu'Albert Speer eut été condamné à vingt ans de réclusion, il va peut-être avoir le loisir de rédiger son autobiographie, et il se pourrait bien que ce soient là les seuls mémoires légués par le IIIe Reich qui méritent d'être lus." Ce livre, Albert Speer nous le propose aujourd'hui. C'est le récit d'un homme dont le destin fut, douze années durant, lié à celui de Hitler. Occupant des situations très différentes mais toujours exceptionnelles, il fut tour à tour l'architecte de la métropole germanique, l'ami fidèle des réunions nocturnes à la Chancellerie du Reich et au Berghof, le technocrate et l'organisateur qui obtint, dans la production d'armements, des résultats qui étonnèrent le monde, l'opposant enfin, aussi efficace qu'inattendu, à qui l'Europe doit, pour sa large part, sa survie économique.

au coeur du troisième reich,hitler,speer,albert speer,seconde guerre mondiale,procès de nuremberg,parti nazi,nsdap,iiième reichDe la naissance à la chute du IIIe Reich, Albert Speer occupa un poste d'observation idéal. Appartenant au cercle des intimes de Hitler sans pourtant s'y intégrer, il fut puissant sans rechercher la pouvoir. Restant en marge, il conserva, seul dans l'entourage immédiat du "Führer", un regard droit et lucide. Même ses détracteurs les plus résolus ont reconnu qu'il avait préservé son intégrité morale tout au long de sa carrière au service d'un système amoral. Après avoir entendu ses déclarations à Nuremberg, Göring affirma que Speer n'avait jamais réellement été des leurs et conclut : "Nous n'aurions jamais du lui faire confiance!"

Les souvenirs que nous ont laissés jusqu'ici les principaux protagonistes de cette époque ont ceci de paradoxal que, parmi ces derniers, ceux qui furent les témoins directs de l'aventure hitlérienne ne se montrent ni intellectuellement ni moralement qualifiés pour porter témoignage, tandis que ceux qui étaient doués de clairvoyance et de lucidité ne purent jamais, approcher Hitler d'assez près pour nous livrer un témoignage instructif. Albert Speer est l'exception. Il possède à la fois le discernement et la connaissance intime des faits. "Je n'ai pas seulement voulu raconter, mais aussi comprendre", affirme-t-il dans le dernier chapitre de ses mémoires, tirant ainsi le bilan de sa vie et de ses souvenirs.

Eugène Davidson, président de la Yale University Press, auteur d'un livre sur les procès des criminels de guerre, écrivit, après avoir lu le manuscrit des mémoires de Speer, que ceux-ci ne constituaient pas une tentative de justification ni une plaidoirie, mais "un témoignage historique incomparable, un document absolument irremplaçable".

Albert Speer, Au coeur du troisième Reich, Paris, Fayard, 1971 (1969), 816 p.

01/11/2018

La facture

jonas karlsson,la facture5 millions de couronnes suédoises. C'est la facture que reçoit un jour par courrier un modeste employé d'un vidéoclub. Croyant d'abord à une énorme farce, notre principal protagoniste se rend très vite à l'évidence. Il y a bel et bien une taxe sur le bonheur à payer... Si insignifiante que soit la vie de ce jeune homme, il semblerait que des miettes suffisent à le rendre heureux occasionnellement à en faire un contribuable en or... C'est un roman court, kafkaïen (une belle pique lancée à une bureaucratie étouffante) mais avec une touche d'espoir, s’interrogeant drôlement et avec intelligence sur la notion de bonheur. Cette réflexion tombe à point nommé quand on voit que le monde dans lequel nous vivons - bouleversé par les réseaux sociaux), cruel et individualiste à souhait, chaque moment de plaisir est à savourer. Se lit vite et avec plaisir. J. N

Jonas Karlsson, La facture, Arles, Actes Sud, Babel, 2018, 189 p.