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18/11/2016

La vie des Huns

la vie des huns,huns,attila,histoire,steppesOn s'était toujours intéressé, en tant qu'historien de formation, aux Huns, ces fameuses tribus originaires d'Asie centrale et qui déferlèrent sur l'Europe, jouant au passage un rôle dans l'effondrement de l'Empire romain d'Occident en 476. Dans ce voyage intense qui nous fit visiter quatre pays, nous emmenant de Budapest à Athènes, on s'est vite rendu compte qu'on n'avait pas assez de livres sur nous pour remplir les temps que prendraient les trajets séparant les villes que nous avions visitées. Il fallait donc nous en procurer de nouveaux. C'est ce que nous avons fait en nous rendant à l'Institut français de Budapest, situé sur la rive ouest (Buda).

L'idée était de lire quelque chose sur la région. Entre Histoire de la Hongrie et La vie des Huns, préférence au second, pour la raison évoquée plus haut et également du fait qu'on a pas beaucoup aimé l'atmosphère historique révisionniste. Entre lire un gros pavé sur la Hongrie et un sur les Huns, le choix était clair. Le livre date (1931) mais vu l'ancienneté des événements, il ne perd rien de sa pertinence. Si le quatrième de couverture indique "Plus que l'histoire d'une peuple, la biographie d'un peuple vu comme un personnage", il s'agit en fait plus de l'histoire d'un peuple qui guerroya longtemps contre les dynasties chinoises avant d'envahir l'Europe.

La linéarité du récit est un atout car elle permet de comprendre un tant soit peu, et sans perdre le fil des événements , la généalogie complexe de certains peuples nomades (aucun véritable consensus sur l'origine des Huns) partis d'Asie centrale vers l'Ouest. Au passage, il y a démystification du personnage d'Attila qui loin d'être le père de la Hongrie actuelle (comme certains le pensent), ne réussit à fédérer les tribus hunniques que l'espace d'une année (l'historiographie hongroise ne le revendique d'ailleurs pas comme un des pères fondateurs de la Hongrie moderne). Le récit est passionnant et nous a permis de remplir en partie les douze heures passées dans le train allant de Belgrade à Sofia. J. N.

Marcel Brion, La vie des Huns, Paris, Perrin, Tempus, 2013 (1931), 312 p.

14/11/2016

Boulevard des banquises

banquise.jpgRomancière en mal de job, Sarah accepte tant bien que mal de réaliser le guide touristique de Gottherdäl, une île perdue - mais non moins habitée - dans l'océan arctique. Au fur et à mesure de ces pérégrinations dans ce lieu qui semble en dehors du temps, elle découvre qu'un lourd secret hante les habitants de l'île, et surtout, elle sombre irrémédiablement dans la folie.

A l'instar du Syndrome du scaphandrier, l'atmosphère est glauque et oppressante. La force du récit est moins dans l'écriture qui est linéaire (ça se lit vite même si c'est lent jusqu'au deux tiers) que dans la description très démonstrative des faits qu'on croirait presque y être (comme par exemple la description de la lingerie sado-maso). Idem pour notre vrai-fausse héroïne. On est tellement plongé dans sa démence qu'on en vient à s’apitoyer sur son sort et à vouloir lui trouver une solution. Il paraît que ce n'est pas le meilleur des Brussolo. On n'a pas d'avis là-dessus puisque c'est uniquement son second roman qu'on lit, et qu'importe, on a pris beaucoup de plaisir à être plongé dans ce décor fantasmagorique, typique du Philippe K. Dick de la littérature SF française. J. N

Serge Brussolo, Boulevard des banquises, FOLIO SF, 2005 (1990), 252 p.

06/05/2016

Vingt-quatre heures de la vie d'une femme

stefan zweig,vingt-quatre heures de la vie d'une femmeEcrit en 1927, ce récit d'une femme en une journée a été inspirée par Vingt-quatre heures d'une femme sensible (1824) de Constance de Théis (1767-1845). Début du XXème. Une petite pension sur la Riveria. Le départ de la femme d'un des pensionnaires avec un jeune homme de passage sème la consternation et l'effroi. Seule prendra sa défense une vieille dame anglaise distinguée. Ce fait divers lui a en effet rappelé un douloureux souvenir sentimental de jeunesse. On retrouve ici Zweig et son décryptage "clinique" des débordements sentimentaux exacerbés. N. nous explique la structure de cette nouvelle et émet une réserve concernant ces personnages zweigiens "trop cliniques".

 J. N

Stefan Zweig, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, Le Livre de Poche, 2012, 127 p.

 

30/04/2016

Le voyage dans le passé

stefan zweig,le voyage dans le passé... ou l'amour impossible. Louis, un jeune homme pauvre mais désirant s'affranchir de son carcan social, parvient à gagner la confiance de son patron. Ce dernier en fait non seulement son bras droit mais l'invite à demeurer chez lui. Il y rencontre son épouse. Entre eux naîtra un amour passionnel. Mais voilà que son "bienfaiteur" lui propose de partir en mission au Mexique, synonyme de promotion sociale. Ce voyage ne devait initialement durer que deux ans mais voilà que la Première guerre mondiale pointe son nez et séparant les amants - comme dans Clarissa - pour de nombreuses années.

Neuf ans plus tard, cette figure balzacienne, désormais mariée, retourne en Europe dans la ferme conviction de retrouver cet amour inachevé. Ne se sont-ils pas jurés de s'aimer pour l'éternité ? Hélas, loin des yeux, loin du coeur. La distance (neuf années, c'est long) aura tué dans l'oeuf cette passion mort-née. Mais au-delà de ce rendez-vous manqué, un thème cher au réalisateur Wong Kar-Waï, il s'agit de bien plus que cela ici. Pour une analyse plus poussée, nous vous convions à lire la chronique de notre chère N. dans son excellent blog.  J. N.

Stefan Zweig, Le voyage dans le passé, Le Livre de Poche, 2010, 177 p.

Publié pour la première fois en 1929 sous forme fragemntaire puis sous forme complète en 1976 sous le titre original Reise in die Vergangenheit.

25/02/2016

Amok

images.jpgEcrite en 1922, cette nouvelle du brillant Stephan Zweig qu'on ne présente plus, narre à la première personne l'histoire d'un médecin allemand parti pratiquer en Indonésie au début du XXème siècle. Celui-ci rencontre la nuit sur le bateau le menant aux Indes orientales le narrateur à qui il a ce besoin urgent de lui raconter ce qui lui est arrivé. Son obsession maladive pour une femme la détruira et le détruira. C'est l'amok.

Amok "est un mot de la langue malaise qui désigne un accès de folie furieuse meurtière affectant uniquement les sujets masculins de la région concernée, sur un mode soudain et imprévisible, à laquelle les autochtones menacés mettaient ordinairement un terme en abattant le sujet en proie à cette fureur (...). Le terme a été importé en Europe par les Hollandais, premiers colonisateurs de la région indonésienne. (...) Amok est devenu le préfixe d'expressions désignant des comportements furieux et dévastateurs appliqués à des pratiques variées (...) Et der Amokläufer désigne en allemand un sujet captif d'un processus incontrôlable, dangereux pour son environnement, et souvent fatal pour lui-même." (1) Voici donc ce que nous aurons essentiellement appris à travers ce récit incisif et déroutant. Au-delà de ce drame, Zweig parvient à convaincre que "le mal d'amok résume tous les dysfonctionnements et contradictions de la culture occidentale" (2).

 

Stefan Zweig, Amok, Gallimard, Folio Classique, 2013, 142 p.

Publié pour la première fois en 1922 sous le titre original Der Amokläufer.

 

(1) Préface de Jean-Pierre Lefebvre, p. 11-12.

(2) Idem p. 21.

 

20:41 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amok, stefan zweig

30/08/2015

Un soupçon légitime

61EHfnk8qdL._SX307_BO1,204,203,200_.jpgNous poursuivons notre apprentissage de l'oeuvre de Zweig (nous n'en sommes qu'à quelques nouvelles et un roman). Dans cette nouvelle écrite entre 1935 et 1940 et publiée à titre posthume en 1987 sous le titre original allemand War er es, Stefan Zweig, qui n'a d'égal que lui-même dans l'analyse psychologique des pauvres humains que nous sommes, se penche ici sur les tendances obsessionnelles et les débordements sentimentaux portés au paroxysme. L'action se passe dans la campagne anglaise, à Bath près de Londres (où Zweig s'était exilé un premier temps, fuyant le régime nazi). Ravis d'avoir de nouveaux voisins - un jeune couple, les Limpley - le couple allemand, très heureux jusqu'ici de pouvoir profiter du calme et de l'isolement, va très vite déchanter en raison du côté un peu trop expansif et enthousiaste du mari, John. Voilà qu'ils conseillent à ce dernier d'adopter un chien. Mal leur en a pris. Mis sur un piédestal, ce dernier se transforme en tyran. Et le sentiment d'adulation de la part de John va rapidement virer à l'ignorance totale... Dans ce roman où l'aspect dérangeant va inexorablement monter en crescendo, on ne peut que méditer sur ce thème de la démesure des sentiments, celle-ci pouvant s'immiscer en chacun de nous sans que l'on puisse la contrôler. On regrettera, tout simplement, une analyse psychologique que nous avons trouvé un peu trop tirée par les cheveux. Mais cela n'enlève rien à l'acuité d'une réflexion générale troublante mais juste. Par ailleurs, on notera - le fait est assez rare pour être cité - que le principal protagoniste est un chien et que pour une fois, le récit de Zweig, d'ordinaire très sombre, est parsemé ici d'un ersatz de gaieté, avant bien entendu que la "gravité" ne reprenne le dessus... J. N.

Stefan Zweig, Un soupçon légitime, Le Livre de Poche, 2011, 175 p.

Publié pour la première fois (en allemand et à titre posthume) en 1987.

28/08/2015

Le glamour

510Rt7Ch9gL._SX301_BO1,204,203,200_.jpgGrièvement blessé par un attentat à la voiture piégée, Richard Grey se fait soigner dans une clinique britannique. Son ancienne petite amie (ou amante, c'est selon) finit par le retrouver. Hélas, Richard n'a absolument aucun souvenir d'elle. Progressivement, la mémoire lui revient, ce qui permet à Susan d'aborder avec lui une faculté qu'elle possède : le glamour, ou l'art de se rendre invisible... A l'instar de ses autres romans, notamment le vertigineux La séparation, Christopher Priest, maître britannique incontesté des mondes parallèles, poursuit son exploration de la réalité et de sa perception. Moins incisif que le précédent ouvrage cité, Le glamour n'en est pas moins déroutant et demeure un des romans les plus complexes de l'auteur. Celui-ci, histoire de brouiller les pistes et de susciter en nous une remise en cause permanente de ce que nous sommes et de notre perception de tout ce qui nous entoure, a articulé son récit autour de la narration de six protagonistes différents. Un tour de force. J. N.

 

Christopher Priest, Le glamour, FOLIO SF, 2012, 412 p.

Publié pour la première fois en 1984 sous le titre original The Glamour.

 

26/08/2015

Les langages de Pao

téléchargement.jpgAlors que la planète Pao, un peu trop pacifiste et guère préparée à une confrontation militaire, se fait envahir par la civilisation des Brumbos, la seule solution qui lui permettrait de se débarrasser des colons serait de remodeler la structure de son langage. En effet, la langue paonaise, particulière à bien des égards, ne permet pas à ces adeptes d'être pourvus de sentiments comme l'abnégation, la résistance, le stoïcisme...etc. "La langue consistait en noms, en postpositions suffixées et en indicateurs temporels ; il n'y avait ni verbes, ni adjectifs, ni formes comparatives définies, telles que bon et meilleur. Il n'existait pas de mots comme "prestige", "intégrité", "individualité", "honneur", ou "justice", car l'idée que le Paonais moyen se faisait de lui-même - à supposer qu'il se considérât comme une personnalité distincte - était celle d'un bouchon flottant sur un océan de vagues innombrables, soulevé, attiré, bousculé par des forces incompréhensibles (...)".

Dans ce roman des débuts de Jack Vance (1916-2013), "Grand Master" de science-fiction et figure de proue de la SF américaine "à l'ancienne" (l'écriture est linéaire, la psychologie des personnages peu développée), nous soulignerons au-delà du thème - récurrent chez Vance - de la rencontre des civilisations, une réflexion incisive sur les fonctions du langage, résumée dans le paragraphe suivant : 

"Aucune langue n'est neutre. Toutes contribuent à donner une impulsion à l'esprit des masses, certaines avec plus de vigueur que d'autres. (...) Nous ne connaissons pas de langue "neutre"  ; aucune n'est supérieure à une autre, même s'il arrive qu'un langage X soit mieux adapté à un contexte lambda qu'un langage Y. Si nous allons plus loin, nous remarquons que tout idiome induit dans l'esprit des masses un certain point de vue sur le monde. Quelle est la véritable image du monde ? Existe-t-il un langage qui l'exprime ? Premièrement, nous n'avons aucune raison de croire que la véritable image du monde, si tant est qu'elle existe, puisse être un outil très utile ou efficace. Deuxièmement, aucun standard ne nous permet de la définir. La Vérité est contenue dans l'opinion préconçue de celui qui cherche à la définir. Toute organisation d'idées, quelle qu'elle soit, présuppose un jugement sur le monde".

J. N

 

Jack Vance, Les langages de Pao, Gallimard, Folio SF, 2002, 262 p.

Paru pour la première fois en 1958 sous le titre original The languages of Pao.

30/05/2015

Robespierre

maximilien de robespierreSi le débat est clos concernant le patron de la Terreur, période particulièrement sombre de la Révolution française (1793-1794), la Révolution étant désormais « une partie de notre héritage qui ne se discute plus, ajustée qu’elle est à notre destin pour le meilleur et pour le pire », l’auteur a toutefois chercher à expliquer dans le drame révolutionnaire « l’influence commune d’un tribun et d’une secte qui tendaient précisément à confisquer la Révolution pour la faire évoluer selon leurs vues ».

Ce livre ancien, datant de 1961 (il sera suivi par une légion d’ouvrages sur Robespierre), propose, au-delà d’une simple biographie, une réflexion très solide sur le Jacobinisme et ses avatars. Nous en avons retenu quelques passages :

maximilien de robespierre« (…) Le Jacobinisme a des origines plus lointaines, plus occultes dans la mesure où il est le produit, le fruit d’un tempérament. C’est un germe d’intolérance qui tient à la nature de certains individus, une volonté de domination et d’inquisition morale autant que politique, une sorte d’inflexibilité humaine élevée au rang de vertu, une exaspération qui perce périodiquement sous le feu des passions partisanes ; c’est peut-être une forme française de puritanisme ; c’est une humeur. Robespierre n’est qu’un état, un moment, du Jacobinisme, comme d’autres le furent avant lui, sous d’autres visages, sous d’autres enseignes. « Les haines, les rancunes, les jacobinismes de tous les temps… » écrit Sainte-Beuve. Et dans les années mêmes qui suivirent la Révolution, en 1808, un philosophe lucide et pondéré, Joubert, consignait dans son Journal cette réflexion qui semble avoir été formulée d’avance pour ce livre : « Le Jacobinisme est une affaire de tempérament, et il existe dans toutes les circonstances qui mettent cette espèce de tempérament à l’aise et lui permettent de se développer ».

« (…) Des hommes comme Danton, comme Mirabeau, comme Proudhon, ne sont pas jacobins dans la mesure précisément où l’exigence doctrinale ne les absorbe pas tout entiers. Un Robespierre, un Blanqui, n’aime que l’idée. Ce qu’il y a d’âme en eux ne bouge, ne s’émeut qu’en faveur de leur cause. On ne peut concevoir un Jacobin livré au doute, à l’incertitude, au scrupule. Sa morale lui fournit en toute occurrence la réponse qu’exige l’intérêt politique, et cette réponse est un ordre. S’il hésite, s’il discute avec lui-même, il est perdu pour la secte, perdu aussi pour lui-même ».   J. N

 

Pierre Bessand-Massenet, Roberspierre. L’homme et l’idée, Plon, 1961, 317 p.

06/05/2015

Clarissa

clarissa.jpgNous avions découvert Stefan Zwieg il y a environ dix ans, lisant d'une seule traite Le Joueur d'échecs dans le train de nuit qui nous emmenait de Pékin à Shanghai. Court (un peu plus d'une centaine de pages) mais incisif, ce roman développait une profusion de thèmes à travers l'histoire d'un exilé autrichien rendu fou par les techniques d'enfermement et d'interrogatoire de la Gestapo. C'est justement ce régime nazi que Zweig va fuir en 1934, s'exilant d'abord à Londres, ensuite au Brésil. C'est dans ce pays qu'il se suicidera en 1942 (avec sa femme), désespéré par les atrocités de la Seconde guerre mondiale, en particulier la montée du nazisme.

Publié à titre posthume, et non achevé, Clarissa porte un regard amer mais lucide sur cette Europe du début du XXème siècle, à travers le regard d'une femme. Fille d'un officier autrichien, Clarissa rencontre en Suisse, où elle travaille, Léopold, un socialiste français. Le premier conflit mondial les sépare mais elle attend de lui un enfant... A travers ce récit poignant, Stefan Zweig nous insuffle avec acuité tout le désespoir de l'homme face à l'absurdité de la guerre. Cette guerre qui fait surtout mal aux gens ordinaires. Ce sont ces derniers qui comptent et non ceux qui font la politique. Zweig l'a si bien résumé dans ce passage qui a retenu notre attention : 

"Ce ne sont pas les morts illustres qui font la valeur d'un pays. Ce sont les gens qui y vivent. Mais certainement pas les plus grands et les plus éminents d'entre eux :  c'est à travers les anonymes qu'il se perpétue".  

J. N

 

Stefan Zweig, Clarissa, Le Livre de Poche, 2014, 235 p.

Publié pour la première fois (en allemand) en 1990.

18:48 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : clarissa, stefan zweig