Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/04/2007

La tentation nihiliste

medium_9782130438281.gif"Le nevrosé est à la recherche d'une parcelle d'infini ; le psychotique, lui, a renoncé à cette quête - illusoire, vaine, sordide. La sagesse une fois encore jouxte la folie. Et le fou qui a perdu la raison sera toujours la parodie du sage qui a transcendé l'égo. Pour l'un comme pour l'autre, la vie est un acte sans acteur ; mais si l'un est paranoiaque, l'autre est metanoiaque."

[...] " Si l'on étreint avec une telle violence sa partenaire, c'est faute de pouvoir l'étrangler. Comme l'affirment, non sans panache, les plus cyniques parmi les psychanalistes, l'amour consiste à donner ce que l'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. Ces prémisses acceptées, ne reste plus aux hommes qu'à se payer le corps des femmes - et aux femmes à se payer la tête des hommes, en ayant toujours à l'esprit qu'"un suicide réussi vaut mieux qu'un coït raté" (Roland Topor)."

"L'autobiographie est un genre qu'on aimerait réserver aux clochards. L'humiliation, ils l'expérimentent jour après jour, de même que l'irréparable désintérêt de l'homme pour ses frères humains. Ecrire quand on n'a pas atteint le degré zéro du dégoût devrait être passible d'une peine de prison. Mais c'est sur une chaise électrique qu'on devrait asseoir tous ceux qui revent de laisser une trace en nous assenant le récit de leurx exploits." [...]

[...] "Humanité oblige, nous ne manquons jamais de motifs pour désirer la mort d'autrui. L'armistice que nous avons conclu avec nos proches est sans cesse révocable ; quant aux autres, n'en parlons même pas : c'est déja bien beau quand nous les supportions. Nous nous flattons d'aimer l'homme, mais nous haïssons notre voisin. Et rien ne nous réconforte autant que les malheurs d'autrui."

"A l'opposé du romantique toujours pénétré du sentiment que le monde est un tissu de sens cachés, de symboles à déchiffrer et d'indicibles mystères, le nihiliste considère que la vie est courte, brutale, insipide. Il se gausse sans pitié de ces cerveaux exaltés en quête de fins dernières, de suppléments d'âme ou, pis encore, de "nouvelles valeurs" et qui n'ont ni le sens du grotesque ni celui du mépris, de la raillerie et de la derision."

Roland Jaccard, La tentation nihiliste, Quadrige n° 126, PUF, 1989, 160 p.

Les commentaires sont fermés.