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05/02/2014

L'homme aux serpents

454253.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgA bord de son camion cabossé, Franz Florez parcourt son pays, la Colombie, et fait découvrir ses serpents à un large public. Auparavant, l'Etat colombien lui avait confié la tâche de retaper et gérer le serpentarium de la capitale Bogota. Il y avait ajouté sa collection personnelle de reptiles fascinants et a donc décidé de parcourir cet Etat immense (1.141.748 km²) présentant 10% de la biodiversité mondiale, expliquant aux amateurs comment se comporter avec un serpent, qui n'est "pas aussi dangereux qu'on pourrait le penser". Mais le propos est tout autre. A travers son périple et le partage de sa passion, Florez effectue un plaidoyer pour la préservation de la forêt. Lui et le réalisateur Eric Flandrin le font d'ailleurs au péril de leur vie (une des forces majeures du docu) puisqu'ils traversent une jungle où le conflit colombien (vieux de plus de soixante ans) se poursuit, mettant aux prises l'armée nationale, les guérilleros du FARC, les groupes paramilitaires, et les cartels de la drogue.

Et c'est là que nous découvrons (révélation essentielle) que la forêt colombienne (une fraction non négligeable de l'Amazonie) ne doit sa survie actuelle qu'à la poursuite du conflit. Car une fois celui-ci terminé, les grandes multinationales se jetteront dessus comme des vautours afin d'en exploiter les richesses. Court et structuré de manière assez simple, ce docu est en fait plus complexe et parvient à traiter plusieurs thématiques qui se recoupent avec harmonie. Il propose une approche différente d'un pays (et d'un conflit) que nous connaissons mal finalement, et dresse le portrait d'un homme atypique sensibilisant ses compatriotes, malgré un état de guerre permanent, à la catastrophe écologique qui menace leur pays. Cette belle surprise fut diffusée durant une semaine, à partir du 22 janvier 2014, au cinéma Nouvel Odéon à Paris. Eric Flandrin était présent pour parler de son film et répondre aux questions. J N.

 

L'homme aux serpents (Eric Flandrin, France, 2010, 85 min). Avec Franz Florez.

 

- 2 nominations - Festival de Biarritz, cinémas et cultures d'Amérique Latine 

- Grand Prix - Festival international du film d'environnement de Paris

- Sélection officielle - Festival international de Nyons - vision du réel

- Première caméra - Rencontres internationales du documentaire de Montréal

- Grand prix - Festival international de l'environnement et du développement durable - Argentine

- Grandprix è Festival international cinema planeta - Mexique

04/02/2014

Hommage à Philip Seymour Hoffman

Philip_Seymour_Hoffman_2011.jpgL'acteur américain est décédé dimanche 2 février à l'âge de 46 ans dans son appartement de Manhattan. D'après la police locale, la mort aurait été causée par une overdose d'héroïne (1). Après James Gandolfini (juin 2013) et Paul Walker (novembre 2013), Hollywood perd tragiquement un troisième acteur en moins d'un an.

Issu du monde du théâtre (il est diplômé de la Tish School of the Arts de l'Université de New-York), il tourne dans quelques films indépendants et est remarqué pour la première fois dans Scent of a woman (Martin Brest, 1992). Souvent cantonné aux rôles de seconds couteaux, il se fait à nouveau remarquer dans le culte Boogie Nights (1996) de Paul Thomas Anderson qui en fera son acteur fétiche. Hoffman apparaîtra dans cinq des six films réalisés par l'un des cinéastes les plus talentueux de la nouvelle vague américaine, et remportera en 2012 le prix d'interprétation masculine à la Mostra de Venise pour son rôle dans The Master, où il incarnait un leader charismatique, sorte de clin d'oeil à l'apogée du scientologue Ron Hubbard. Entretemps, l'année 2005 avait déjà constitué un tournant dans sa carrière. Il remporte l'ocar du meilleur acteur (et également un Golden Globe dans la même catégorie) pour son interprétation de l'écrivain Truman Capote dans Capote de Bennett Miller.

téléchargement.jpgLa force de l'acteur fut de ne jamais se cantonner à un seul registre, capable de jouer les obsédés sexuels (Happiness, 1998 ; Magnolia, 1999), un looser (25th Hour, 2002), un curé (Doubt, 2008), une éminence grise (The Ides of March, 2011)... Son eclectisme lui vaudra d'ailleurs de tourner aussi dans des films indépendants que de cotoyer les grands réalisateurs comme Sidney Lumet (Before the devils knows you're dead, 2007), et d'apparaître dans des grosses productions. Dans Mission Impossible III (2006), il incarnera avec conviction l'ennemi juré de l'agent Ethan Hunt. Nous l'aurions bien vu d'ailleurs interpréter le rôle tant convoité du mauvais dans un James Bond. Il est apparu tout récemment dans A most wanted man d'Anton Corbijn et nous le verrons en novembre prochain dans le premier volet de la troisième partie de Hunger Games (The Hunger Games: Mockingjay - Part 1). La suite par contre, tournée en ce moment-même, se fera sans lui. Hollywood vient de perdre un très grand acteur. J. N

 

(1) http://nypost.com/2014/02/02/philip-seymour-hoffman-found-dead-in-his-apartment/ 

09:00 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (2)

03/02/2014

Nymphomaniac 1 & 2

nymphomaniac,lars von trier,charlotte gainsbourg,shiah labeouf,stacy martin,willem dafoe,uma thurman,jamie bell,christian slater,stellan skarsgardDésormais persona non grata au Festival de Cannes, le cinéaste le plus sulfureux et provocant du moment n'en finit plus de susciter la controverse. Inspirée des récits du marquis de Sade, l'histoire relate le parcours sexuel de Joe, "le canard silencieux", se confessant dans une chambre miteuse à Seligman (Stellan Skarsgard), un vieux célibataire. En huit chapitres (5 dans la première partie, 3 dans la seconde), elle raconte avec force détails les jalonnements - semés d'embûches -  d'une vie sexuelle débridée, de sa plus tendre enfance jusqu'à ses cinquante ans. "Innocent", Seligman fait office temporairement de psychanaliste, sorte de réincarnation de Sigmund Freud. Pour adhérer au propos de la psychose féminine, déjà abordé dans Antichrist (2009) et Melancholia (2011), il faut bien entendu apprécier l'univers du réalisateur danois (la question de la dimension misogynique est secondaire), faute de quoi il serait inutile de se déplacer. Heureusement que le film, qui cumule quatre heures pleines, fut découpé en deux parties (sorti en salles à trois semaines d'intervalle), avons-nous envie de dire. Car le premier volet, très vraisemblable (osons le dire), se concentrant sur l'histoire d'une jeune femme désirant assouvir ses fantasmes sexuels quitte à se faire traiter de tous les noms (Seligman fera remarquer par la suite, et à juste titre, que s'il s'agissait d'un homme, personne n'aurait rien eu à dire), laissera le relais à une suite où un sadomasochisme des plus extrêmes constituera la norme. Pris d'un sentiment de jubilation après l'acte 1, nous sommes sortis littéralement terrassés après le second acte. Et dire que cette montée inexorable en crescendo devait durer cinq heures à la base... Au final, cette réflexion philosophico-sexuelle, nouvelle marque de fabrique de Lars von Trier, est plus qu'intéressante dans sa globalité et en vaut largement le détour. Toutefois, âmes sensibles s'abstenir. J. N

Nymphomaniac (Lars Von Trier, Dan/All/Bel/Fr, 2013, 118 min + 124 min).   Avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgard, Stacy Martin, Shiah Labeouf, Christian Slater, Willem Dafoe, Uma Thurman, Jamie Bell, Sophie Kennedy Clark.