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20/01/2015

Le temps des changements

le temps des changements,robert silverbergDans un monde qui semble être néo-retro, et plus précisément sur la planète Borthan, toute manifestation d'individualité est strictement interdite. Il est en effet proscrit de dire "Je". Pour Kinal Darrival, les choses ne sont pas figées et le temps des changements est à venir. Dans sa quête de soi, il rencontre Schweiz, un marchand venu de la Terre et fort logiquement adepte d'autres coutumes et d'une autre conception du monde. Avec Schweiz, Kinal va découvrir la drogue (clin d’œil de l'auteur à toutes sortes de substances hallucinogènes : LSD, peyotl, amphétamines...etc), subissant une "liquéfaction générale de la réalité, un effondrement des murs, une rupture des contraintes" (...). Mais surtout, cet état second va lui permettre d'ouvrir son esprit, casser les tabous, prélude à "sa" révolution. 

Réquisitoire contre la dictature de la pensée et des traditions, oeuvre introspective (1) mais également messianique, Le temps des changements est un autre tour de force parmi les très nombreux chefs-d'oeuvre de Robert Silverberg, et demeure largement d'actualité plus de quarante ans après sa publication. J. N

 

Robert Silverberg, Le temps des changements, Le Livre de Poche, 2013, 254 p.

Publié pour la première fois en 1971 sous le titre original A Time of Changes.

- Prix Nebula - 1971.

(1) Quête de l'identité comme dans Le livre des crânes (1972) mais également introspection concernant le judaïsme, qui apparaît également en filigrane dans L'oreille interne (1972).

17/05/2014

Les ailes de la nuit

41QpSSb4S9L._SY300_.jpgIl est loin le temps où la civilisation humaine fût à son apogée, passant à une vitesse vertigineuse d'un premier cycle durant lequel l'homme commençait à maîtriser son environnement et accumuler des informations, à un second, marqué par les avancées dans les sciences et la technologie, et in fine la conquête de l'espace. Colonisés par les galactiques, au bord de l'extinction, les humains ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Les habitants de la planète H362 - que les humains ont finis par esclavagiser - les avaient pourtant mis en garde d'un probable retour de bâton... De ce glorieux passé, subsiste la Guilde des Guetteurs, chargée de surveiller le ciel en cas de nouvelle invasion. Résigné, le vieux guetteur n'en poursuit pas moins son long périple, en espérant de meilleurs lendemains.

Si l'on en croit le philosophe anglais Thomas Hobbes et sa vision de l'état de nature, l'homme est un loup pour l'homme. S'inspirant de ce dernier à la fin du XXème siècle, Kenneth Waltz, chef de file du courant néo-réaliste dans les théories des relations internationales, affirmera que "la guerre existe car rien ne l'empêche" (1) et que la violence entre les États est une réalité incontournable de la scène internationale. Faisant écho au film culte Le jour où la terre s'arrêta (2) (tant pis pour les humains s'ils n'écoutent pas les mises en garde), ce roman phare de Robert Silverberg est une allégorie on ne peut plus claire de notre monde actuel. C'est ainsi que les villes de Jorslem, Atin, Roum, Perris renvoient à Jérusalem, Athènes, Rome, et Paris... Et lorsque l'auteur affirme que "nos ancêtres sont passés directement de la sauvagerie au contact galactique" (p. 105), il est impossible de ne pas établir un parallèle avec cette citation attribuée à Oscar Wilde, affirmant que "les Etats-Unis sont le seul Etat passé directement de la barbarie à la décadence sans passer par la civilisation". Triste mais sans être dénue d'un message d'espoir, ce récit aura pour "sorte" de suite quelques années plus tard Les profondeurs de la terre, plaidoyer pour la tolérance et renversement du choc des civilisations, thème présent dans les deux livres et thèse popularisée (et controversée) par Samuel Huntington (4). Plus de quarante ans plus tard, à l'ère des nouvelles technologies et de leur possible dérive, ce récit brillant est toujours d'actualité.  J. N

 

Robert Silverberg, Les ailes de la nuit, J'ai Lu, 2008, 213 p.

Publié pour la première fois en 1968 sous le titre original Nightwings.

- Prix Apollo - 1976

- Prix Hugo du meilleur roman court - 1969

 

(1) WALTZ (Kenneth), Theory of International Politics, 1979.

(2) The day the earth stood still (1951), réalisé par Robert Wise.

(3) HUNTINGTON (Samuel P.), The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, 1996.

 

04/07/2013

Les Profondeurs de la Terre

robert silverberg,les profondeurs de la terre,downward to the earth,science-fictionAlors qu’il s’était exilé dans le passé de la planète Belzagor dont il fut administrateur, Gundersen y retourne dix ans plus tard. A l’époque de sa colonisation par les humains, cette planète était dirigée par la Compagnie, qui en extrayait les matières premières pour ensuite les expédier sur Terre. Désormais Belzagor est indépendante, y vivent deux races intelligentes, les nidloror et les sulidoror. N’y vivent plus les humains, hormis des touristes en manque de dépaysement. Soucieux de racheter ses erreurs du passé, Gundersen décide de partir au nord, au Pays des Brumes, là où aucun homme ne s’aventure, pour assister à la mystérieuse cérémonie de la Renaissance, et ultimement, se métamorphoser. Comme souvent chez Robert Silverberg, le style d’écriture simple n’en est pas moins subtil. A travers le voyage initiatique d’un homme en quête de repentance, c’est un dépassement du choc des civilisations et un beau plaidoyer pour la tolérance qu’il nous propose.  J. N.

(1)   

Robert Silverberg, Les Profondeurs de la Terre, Le Livre de Poche, Science-Fiction, 2010, 285 p.

Paru pour la première fois en 1972 sous le titre original Downward to the Earth.

 

11/01/2013

La Tour de verre

la tour de verre,science-fiction,robert silverberg,le livre de poche,tower of glassPrès du continent arctique, la construction de la tour de l'omnipotent Simon Krug se fait à une vitesse effrénnée. En septembre 2218, elle mesurait à peu près cent mètres. En janvier 2219, elle s'élève déja à 940 mètres... Le rêve de Krug ? Communiquer par le biais de la tour avec les étoiles, d'autant plus qu'un signal vient d'être envoyé de quelque part près de la nébuleuse NGC7293.  Ambitieux sans limites, parti à partir de rien, Krug est également celui qui créa les androïdes. Pas vraiment différents des humains, ces derniers lui vouent un culte sans précédent. Krug le dieu, le miséricordieux, le messie, le redempteur, le libérateur... Mais peut-il être tout ceci à la fois ?

Dans un style qu'on lui connaît, où action, densité narrative, et exploration des personnages se cotoient, le très prolifique Robert Silverberg, qui obtint en 2004 le titre de Grand maître de la science-fiction (décerné par l'Association des auteurs américains de S-F) aborde dans ce roman un de ses nombreux thèmes, la condition de la population androïde. A l'instar d'autres écrivains de Science-Fiction qui abordèrent cette thématique dans leur propre style, comme Isaac Asimov (1) ou Philip K. Dick, Silverberg le fait également à sa manière, dans un récit subtil et passionnant.  J. N

 

Robert Silverberg, La Tour de Verre, Le Livre de Poche, Science-Fiction, 318 p.

Titre original : Tower of glass (publié pour la première fois en 1970)

 

(1) Avec notamment son Cycle des Robots qui comprend les romans Les Cavernes d'acier (1954), Face aux feux du soleil (1957) et Les Robots de l'aube (1983).

 

26/12/2012

Le livre des crânes

le livre des crânes,robert silverberg,science-fictionQuatre amis (Oliver, Timothy, Eli et Ned), la vingtaine, ont en leur possession le livre des crânes, qui devrait leur permettre de découvrir le secret de l'immortalité. Ils traversent toute l'Amérique à la recherche du Monastère de la Fraternité des Crânes. Ce long road trip est l'occasion pour eux de s'interoger sur soi. Une véritable quête identitaire. Au bout de l'aventure, les attend l'épreuve ultime car il est dit dans le Livre que seuls d'eux d'entre-eux survivront... Pas un ouvrage de science-fiction mais à la lisière du fantastique, ce récit sombre est une des oeuvres majeures de Robert Silverberg. Comme dans L'oreille interne, où l'auteur a alterné entre les narrations "je" et "il", il a distribué ici la narration entre les quatre protagonistes. L'adjonction à cela de l'écriture serrée, autre marque de fabrique de Silverberg, nous plonge au coeur même de la personnalité des personnages. A lire.

Robert Silverberg, Le livre des crânes, Presses Pocket, Science-Fiction, 1975, 284 p.

Titre original : The Book of Skulls (publié pour la 1ère fois en 1972).

02/06/2012

Les monades urbaines

9782253072256 (1).jpg2381. La population mondiale culmine à 70 milliards d'habitants, avec pour devise "se multiplier". Avoir 4 enfants est quelque chose de tout à fait banal... Dans ce monde post-moderne, post-urbain, les humains vivent dans des tours géantes de mille étages - les monades urbaines - où jouissant d'une entière liberté sexuelle (le concept de fidélité n'existe plus), sont a priori parfaitement adaptés à un espace vital restreint et à un faible coefficient d'intimité privée. Dans ce monde "parfait", point d'espace vert, la Terre est devenue un gigantesque bloc de béton où le nouveau homo-sapiens ne quitte jamais sa tour, voire son étage et vit pleinement l'utopie. Ceux qui ne sont pas heureux sont soignés et ceux qui sont incurables sont exécutés car constituant une tendance antisociale pernicieuse, ils représentent une menace à l'harmonie et à la stabilité. Comme disait un penseur, l'égalité consiste à trancher ce qui dépasse.

A l'instar de 1984 (George Orwell) du Meilleur des mondes (Aldous Huxley), cette société idyllique n'est-elle pas en fait synonyme de monde totalitaire ? Sur cette thématique, l'oeuvre de Robert Silverberg (qu'on ne présente plus), postérieure aux deux autres, en est tout aussi culte et constitue une des oeuvres phares de l'auteur.

Robert Silverberg, Les monades urbaines, Le Livre de Poche, Science-Fiction, 2000, 253 p.

Titre original : The World Inside (paru pour la 1ere fois en 1971).

- Nominé pour le Prix Nebula (1972).

07/01/2012

Les marteaux de Vulcain

philip k. dick,les marteaux de vulcain,science-fiction,vulcain III,mens magna,robert silverberg,aldous huxley,le meilleur des mondes,francis G. rayer,le lendemain de la machine, les monades urbaines,monde totalitaire,intelligence artificielleEn 2029, le monde est régi par une intelligence artificielle appelée Vulcain III, une sorte d'ordinateur géant faisant office de gouvernement mondial. Vulcain III a sorti la race humaine de la guerre et des autres fléaux (chômage, pauvreté...). Un monde parfait ? Dans cet univers post-machiniste, les humains sont contrôlés dès leur naissance et aucune contestation de l'ordre établi n'est autorisée car les fameaux marteaux veillent au grain. Pourtant, une certaine organisation subversive n'entend pas les choses de cette manière... Les marteaux de Vulcain est un des premiers romans écrits par Philip K. Dick et renvoie à un de ses principaux thèmes de prédilection, la menace d'un monde totalitaire, qui n'est pas sans rappeler Le meilleur des mondes (1931) de Aldous Huxley, Les monades urbaines (1971) de Robert Silverberg, ou plus plus proche encore, Le lendemain de la machine (1951) de francis G. Rayer, où la terre est également dirigée par un ordinateur géant, la Mens Magna...

Philip K. Dick, Les marteaux de Vulcain, Le Masque, Science-Fiction, 1975, 251 p.

Titre original : Vulcan's Hammers (paru pour la 1ère fois en 1960).

30/12/2011

Les déportés du Cambrien

les déportés du cambrien,robert silverberg,science-fictionDans une Amérique futuriste, dirigée par un système politique totalitaire, les opposants politiques et autres "agitateurs" ne sont pas déportés dans des camps de concentration mais dans le passé - grâce à une machine conçue pour effectuer un aller simple -, l'ère du Cambrien, soit un milliard d'années plus tôt, là où leur capacité de nuisance sera nulle... Dans cet espace fort peu hospitalier, où il n'y a pas encore ni espèce végétale ni animaux terrestres (quelques espèces maritimes toutefois), ils tentent de survivre tant bien que mal. Mais voilà qu'un homme étrange, Lew Hahn débarque, et rien n'indique qu'il est un exilé politique... Fable politique, plaidoyer pour un monde démocratique et reflexion sur l'individualisme, ce récit poignant qui se lit néanmoins sans déplaisir est une nouvelle preuve de l'imagination débordante de Robert Silverberg.

Robert Silverberg, Les déportés du Cambrien, Le Livre de Poche, Science-Fiction, 2002, 191 p.

Titre original : Hawksbill Station (paru pour la première fois en 1968).

27/11/2011

L'homme programmé

l'homme programmé,the second trip,robert silverberg,science-fiction,Patrick McGrath,spider,fight club,chuck palahniuk,schizophréniePaul Macy vient de quitter le Centre de Réhabilitation après quatre années de cure neuropsychiatrique. Sa mémoire a été complètement effacée. Nouvelle vie et surtout nouvelle identité. Et pour cause, l'ancien pensionnaire de son corps, Nat Hamlin, "psychosculpteur" de génie, a un jour pété un cable, devenu violeur en série. Pourtant, dès sa sortie du centre, une jeune femme, ancienne compagne de Hamlin, vient perturber sa nouvelle existence. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, une voix à l'intérieur de son crâne lui demande avec insistance de lui rendre son corps...

Faisant à écho à l'Oreille interne, écrit la même année et lauréat des prix Hugo et Nébula, "The Second Trip" (le titre en anglais) est tout aussi brillant. Après le thème de la télépathie comme source d'aliénation sociale, Silverberg aborde celui de la schizophrénie. Violent, plus sombre que L'Oreille interne, il n'en comporte pas moins une touche d'optimisme. Partie d'échecs psycho-tragique entre deux "moi", l'histoire n'est pas sans rappeler le déroutant Spider de Patrick McGratch ou encore le jubilatoire Fight Club de Chuck Palahniuk, tous deux postérieurs au roman de Silverberg mais plus connus car adaptés avec brio au cinéma (1).

Robert Silverberg, L'Homme programmé, Gallimard, Folio SF, 2008, 316 p.

Titre original : The Second Trip (publié pour la première fois en 1972).

 

 

(1) Ecrit en 1998, Spider est adapté en 2002 par David Cronenberg (Crash, A History of violence, Eastern promises). Quant à Fight Club, écrit en 1996, il est adapté par David Fincher (Alien 3, The Game, Zodiac, The social network) en 1998, avec pour principaux protagonistes Edward Norton et Brad Pitt.

30/09/2011

L'homme dans le labyrinthe

robert silverberg,science-fiction,l'homme dans le labyrinthe,the man in the mazeDix années que Richard Muller vit à des millions de km de la Terre, sur la planète de Lemnos. Reclus dans le "labyrinthe" truffé de pièges mortels, il avait fui cette humanité qui ne voulait plus de lui. Dix ans auparavant, il avait été envoyé en mission sur la planète Bêta Hydri IV pour négocier avec ses habitants qui envisageaient d'envahir la Terre. Non seulement sa mission échoue mais en plus, son organisme est modifié. Entouré d'une sorte d'aura nauséabonde, il ne peut plus approcher qui que ce soit. Mais voilà que sans aucun scrupule, les Terriens envoient une expédition sur Lemnos afin de le convaincre de négocier avec une autre race d'extra-terrestres menaçant sérieusement leur planète...

Auteur culte de science-fiction, Robert Silverberg ne déroge pas à la règle dans ce roman psychologique où l'accent est mis sur le traitement de personnages complexes et torturés. L'isolation et l'aliénation sociale est également est thème récurrent chez cet auteur prolixe. Même s'il ne reçut pas de récompenses, ce roman est considéré comme l'une des oeuvres incontournables de la très longue liste de Silverberg, avec Le livre des crânes, Les monades urbaines, et L'oreille interne.

Robert Silverberg, L'homme dans le labyrinthe, Editions J'ai Lu, Collection Science-Fiction, 2003.

Titre original : The man in the maze (publié pour la première fois en 1969).