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02/03/2026

"Double hommage" à Quentin Deranque : la faillite morale de la France

IMG_7566.PNGLa minute de silence effectuée à l'Assemblée nationale en hommage au militant néo-nazi Quentin D. puis l'autorisation par le ministre de l'intérieur d'une marche à Lyon en sa mémoire (20 février) constituent les deux facettes d'une même pièce : le renversement des valeurs en France. Mais pas seulement.

Le 14 janvier 1930, le militant nazi Horst Wessel (1907-1930) est grièvement blessé, à Berlin, par un militant communiste, dans cette Allemagne en proie aux affrontements entre groupes politiques rivaux. Wessel décèdera le 23 février. Il est rapidement érigé au rang de martyr national par le NSDAP et le Horst-Wessel-Lied (chant qu'il avait lui-même écrit) deviendra l'hymne du IIIe Reich d'Adolf Hitler. Celui-ci déclara même que le sacrifice de Wessel était aussi important que celui de Jésus Christ...

IMG_7520.jpgPourquoi ce parallèle avec l'actualité française? Un nazillon a également été érigé au rang de martyr alors qu'il représente la négation des valeurs de la République française. A Lyon,  militants d'extrême-droite et d'extrême-gauche se sont donnés rendez-vous pour en découdre. Bilan : un mort. Les auteurs de l'homicide doivent rendre des comptes. L'histoire s'arrête là. Mais non, la classe politique a décidé d'en faire une affaire politique. En vue des futures élections, municipales comme présidentielles, il faut à tout prix discréditer La France insoumise (LFI). Elle est donc responsable (indirectement) d'une part et il faut honorer l'extrême-droite d'autre part.

IMG_7519.jpgLes marches en faveur du défunt sont donc autorisées. La parade lyonnaise a largement été jalonnée de chants racistes et homophobes. Le sit-in à Nice place Garibaldi ressemblait étrangement avec ses torches allumées (photo ci-contre, publiée sur la page instagram du journal niçois Mouais) aux marches funèbres effectuées en hommage à Horst Wessel (montrées par le documentaire Apocalypse Hitler (2011), narré par Mathieu Kassowitz). Horst Wessel sera, d'ailleurs, systématiquement glorifié par les nazis après leur accession au pouvoir tandis que dans le même temps, les forces communistes (KPD) seront progressivement éliminées de l'échiquier politique, tenues responsables de l'incendie du Reichstag en 1933 puis tout simplement déclarées hors-la loi et envoyées dans les camps de concentration. En France, tandis que la gauche (la vraie) est vilipendée par les médias mainstream (voir à ce propos l'excellent ouvrage de Pauline Perrenot, Les médias contre la gauche, paru il y a quelques années) et que la guerre contre le progressisme se poursuit (voir à ce sujet La panique woke d'Alex Mahoudeau ou Misère de l'anti-intellectualisme d'Eric Fassin), l'équipe au pouvoir s'évertue à dépeindre la gauche intellectuelle comme synonyme de violence politique. Et pendant ce temps, l'extrême-droite - sous toutes ses formes et labels - poursuit sa résistible ascension.

Y a-t-il eu des hommages politiques pour des personnes tuées par des militants d'extrême-droite? Pour des personnes tuées, sans raison, par des policiers? Pour des gilets jaunes violentés de manière assez inouïe? La réponse est non. Pourtant, le meurtre de Federico Martin Aranburù le 22 mars 2022 était bien politique. L’ex-rugbyman argentin a été abattu en pleine rue, à Paris, par deux militants d’extrême-droite (qui sont toujours en procès). Pas d’hommage du côté de l’Assemblée nationale.

IMG_7523.jpgDans un Etat censé être l'apanage des droits de l'homme, le sociologue français Eric Fassin a rappelé dans un de ses ouvrages récents que "confusion politique" et "politique de la confusion" étaient synonymes. Rappelons que le tropisme politico-culturel est de plus en plus prégnant en France, prenant largement le pas sur l’objectivité et la neutralité. Sans doute, le moment récent le plus emblématique de cette tendance fut le choix du premier ministre nommé à la suite des élections législatives de l’été 2024 (conséquences d’une inattendue dissolution de l’Assemblée nationale), un choix se situant à l’opposé du verdict des urnes et qui se répètera sans vergogne à plusieurs reprises.

Peut-on s'étonner du recul de la justice, de la démocratie et de la vérité en France? Concernant la vérité, le dernier ouvrage de Clément Victorovitch (Logocratie) est édifiant. L'auteur y étaye son concept de post-vérité.

Pour le reste, rappelons que la France a attendu les années 1990 pour reconnaître sa participation au génocide des Juifs et la dimension politique de la guerre d'Algérie. Certains glorifient encore Vichy tandis que les grandes personnes (Simone Veil, Robert Badinter) ont du batailler avec acharnement pour faire avancer des causes justes. Inutile de s'attendre, par conséquent, à ce que le génocide en cours à Gaza et en Cisjordanie soit reconnue par la France qui aura attendu 2025 pour reconnaître l'Etat de Palestine, reconnaissance symbolique et très tardive. Dans le même temps, condamner totalement la guerre en Ukraine menée par Vladilmir Poutine, accusé par Emmanuel Macron à l'été 2022 de mener une "guerre impérialiste" se fait sans ambigüité. Le deux poids deux mesures dans tout son éclat.

On a, par moments, honte d'être français. La France doit faire mieux en matière de justice tout azimut. Et pendant ce temps, le climat politique, délétère, se poursuit inlassablement.

JM Naoufal

31/08/2025

Combattre le fascisme

Screenshot (2610).pngC'est toujours un plaisir de lire et relire Antonio Gramsci (1891-1937), figure brillante et incontournable de la pensée de gauche, la vraie. Le fondateur du Parti communiste italien était tellement brillant que lors de son incarcération dans une Italie fasciste, Mussolini avait dit qu'il fallait faire en sorte que ce cerveau ne fonctionne pas pendant vingt ans. Tout ce qui est édité sur Gramsci - ici, quelques réflexions sur l'Italie politique et le fascisme tandis que l'ouvrage introductif de George Hoare et Nathan Sperber est indispensable - doit être lu afin de comprendre le passé mais aussi le monde actuel. A ce propos, dans cette postface édifiante, Manuel Esposito affirme : 

"Les textes de Gramsci recueillis dans le présent volume doivent circuler le plus largement possible, alors que l'Europe est en plein bafouillement, alors qu'elle se répète un peu plus violemment chaque année, alors qu'elle est prisonnière de son propre passé qui ne cesse de revenir et de se répéter [...]. Regarder bien en face le présent - c'est cela qui compte pour Gramsci dans chacun de ses textes. C'est pour cela qu'il faut les lire aujourd'hui : pour voir comment avoir le courage de regarder le présent bien en face, ne pas avoir peur, ne pas se laisser impressionner, l'analyser inlassablement, avec comme seul instrument la raison."

Gramsci.pngLa raison est bien ce qui manque aux humains. Il est primordial de s'en délester autant soit peu et d'analyser événements et phénomènes avec raison, justesse et justice. Je ne cesse de le répéter autout de moi, en tant qu'historien de formation. Cesser de réflechir en fonction d'une quelconque "appartenance" communautaire, identitaire, ethnoculturelle ou autre. Dépasser le classique clivage 'droite-gauche' est également une nécessité absolue. Analyser avec du recul. Lutter pour la vérité et la justice. Dur combat mais qui se poursuit.

JM Naoufal

"Le fascisme est le nom de la profonde décomposition de la société italienne, qui ne pouvait pas ne être redoublée par la profonde décomposition de l'Etat et qui ne peut être expliquée aujourd'hui qu'en le rapportant au bas niveau de civilisation que la nation italienne a pu atteindre au cours de soixante années d'administration italienne."

Antonio Gramsci, Combattre le fascisme, Editions La Variation, Collection (dis)continuités, 2025, 126 p.

24/08/2025

La panique woke

réactionnaire,conservatisme,wokisme,la panique woke,alex mahoudeauDes livres comme celui-ci sont précieux, rappellant - documentation et décryptage d'événements à l'appui - que le "wokisme" est la base un concept positif. Il a, toutefois, été détourné de son sens originel par la mouvance réactionnaire, dérangée par les idées progressistes et généralement, par toute idée qui ne va pas dans son sens et qui est, en principe, synonyme de davantage de justice sociale, dans un monde qui, hélas, va de plus en plus mal. Ce que le sociologue Matthew McManus appelle "conservatisme postmoderne" revient en force dans nos sociétés déboussolées, encouragé par les discours haineux et hystériques de nombreux dirigeants politiques (Trump, Milei, Bolsonaro, Orban, Bardella...), personnalités publiques (Musk, rowland, Praud) ou médias.

Il ne s'agit pas de prendre parti, d'être de tel ou tel bord politique mais d'avoir du bon sens et d'être pour la vérité et la justice. La cancel culture n'existe pas (voir à ce propos l'épatant ouvrage de Thomas Hochmann, "On ne peut plus rien dire...").  JM Naoufal

"Théorisé par plusieurs sociologues, le terme de "panique morale" désigne la façon dont émergent, notamment via les médias de masse, des épisodes d'inquiétude collective détachée de la réalité de la menace en question, accompagnés de la diabolisation d'un groupe identifié comme hostile."

Alex Mahoudeau, La Panique woke. Anatomie d'une offensive réactionnaire, Editions Textuel, 2022, 160 p.

08/06/2025

Fanon

fanon-home.jpgOn s'étonne qu'il a fallu attendre 2024 pour une fiction dédiée à Frantz Fanon (1925-1961). La raison s'explique peut-être par le fait qu'il dérangeait le pouvoir politique français, ou simplement est-ce le fait qu'il demeure méconnu en France, parti trop tôt, foudroyé par une leucémie.

Il n'en reste pas moins un intellectuel brillant, figure éminente du tiers-mondisme et de l'anticolonialisme, influençant - entre autres - les études post-coloniales. Ecrivain, essayisrte, écrivain et psychiatre,  il est également celui qui a entraîné chez Jean-Paul Sartre un arrêt de son régime de travail strict durant trois jours, le second nommé ne pouvant plus s'empêcher d'écouter le premier qui désirait absolument le rencontrer.

Le film se focalise sur la période 1953-1957, durant laquelle Frantz Fanon était le chef de service de l'hopital psychiatrique de Blida-Joinville en Algérie. C'est durant ce moment qu'il va développer sa pensée la plus radicale (et qu'il se joint au combat du FLN), une réflexion sociologique, philosophique et psychiatrique sur la colonisation et le processus de décolonisation. Cette incomparable élévation de l'esprit accouchera quelques mois avant le décès de Fanon de son ouvrage-phare, Les Damnés de la Terre, manifeste incontournable de l'anticolonialisme : 

"Dans le monde colonial, l'affectivité du colonisé est maintenue à fleur de peau comme une plaie vive qui qui fuit l'agent caustique. Et le psychisme se rétracte, s'oblitère, se décharge dans des démonstrations musculaires qui ont fait dire à des hommes très savants que le colonisé est un hystérique. Cette affectivité en érection, épiée par des gardiens invisibles mais qui communiquent sans transition avec le noyau de la personnalité, va se complaire avec érotisme dans les dissolutions motrices de la crise."

27530551lpw-27530660-article-jpg_11016819.jpgSi la mise en scène et la structure narrative demeurent classiques, ce n'est pas là qu'il faut chercher la force de ce vrai-faux biopic. Celle-ci réside simplement dans la restitution minutieuse (et sans exhaustivité) de la symbiose qui se met naturellement en place entre la pratique novatrice de Frantz Fanon et sa pensée anticoloniale.

Il y a également une large dimension pédagogique et idéologique. A notre sens, cela constitue une nécessité. La première citée permet de rendre accessible la pensée complexe et intellectualisée de Fanon (Les Damnés de la Terre est un essai dense, stimulant et nécessitant la maîtrise de concepts afin d'appréhender correctement et objectivement le problème de la colonisation. Quant au contour idéologique, il rend, d'une part, hommage à un grand humaniste,et rappelle, d'autre part, que la réflexion autour du colonialisme français demeure encore aujourd'hui une aporie. R. Hilal, JM Naoufal

"Le bidonville consacre la décision biologique du colonisé d'envahir coûte que coûte, et s'il le faut par les voies les plus souterraines,  la citadelle ennemie. Le lumpen-prolétariat constitué et pesant de toutes ses forces sur la "sécurité" de la ville signifie le pourrissement irréversible, la gangrène installée au coeur de la domination coloniale. Alors les souteneurs, les voyous, les chômeurs, les droits communs, sollicités, se jettent dans la lutte de libération comme de robustes travailleurs. Ces désoeuvrés, ces déclassés vont, par le canal de l'action militante et décisive retrouver le chemin de la nation. Ils ne se réhabilitent pas vis-à-vis de la société coloniale ou de la morale du dominateur. Tout au contraire, ils assument leur incapacité à entrer dans la cité autrement que par la force de la grenade ou du revolver. [...]

FANON (Jean-Claude Barny, 2024, 130 min)

Cast : Alexandre Bouyer, Déborah François, Mehdi Senoussi, Arthur Dupont, Olivier Gourmet, Salomé Partouche.

 
 

28/03/2025

La désobéissance civile

81JSUvP3a9L._SY425_.jpgPhilosophe, poète et naturaliste américain, Henry David Thoreau (1817-1862) était connu, entre autres, pour avoir été un des fondateurs du mouvement transcendentaliste. Connu pour ses réflexions sur la nature et l’économie, auteur protéiforme aux inspirations très variées (mythologie grecque, stoïcisme, bouddhisme, cynisme, humanisme et bien d’autres), sa réflexion sur le matérialisme et sa critique de la société industrielle naissante en font une sorte d’anticapitaliste avant l’heure.

Pamphlet anti-esclavagiste, ce fondement de la notion de désobéissance civile, avant-gardiste et inspirant au XXe siècle Martin Luther King et Gandhi dans les combats, se situe dans la lignée de certains auteurs des Lumières. Au-delà d’un appel à refuser l’oppression des systèmes politiques modernes, il constitue une supplique pour une élévation éthique des humains, in fine un authentique traité d’éthique, qui n’aurait pas déplu à un certain Sénèque ou plus récemment, Emmanuel Kant. A l’heure d’une planète « humaine » franchement hystérique et un brin déboussolée, ce type de réflexion devrait servir (ou pas). JM Naoufal

500px-Benjamin_D._Maxham_-_Henry_David_Thoreau_-_Restored_-_greyscale_-_straightened.jpg[…] Je pense que nous devrions être d’abord des hommes, et ensuite des sujets. Il est moins souhaitable de cultiver le respect de la loi que le respect du bien moral. La seule obligation que j’ai le droit de suivre est celle de faire en tout temps ce que je pense être le bien. On dit à fort juste titre qu’une corporation ne possède pas de conscience – mais une corporation d’hommes de conscience est une corporation qui dispose d’une conscience. La loi n’a jamais en rien rendu les hommes plus justes ; et, par le fait même qu’ils la respectent, même les hommes de bonne disposition se transforment chaque jour en agents de l’injustice.

[…] Nous avons coutume de dire que la masse des hommes n’est pas prête ; mais le progrès est lent, car l’élite n’est sensiblement ni plus sage ni meilleure que la foule. Ce qui importe n’est pas tant que la foule soit douée d’une aussi grande bonté que vous, mais qu’il existe, quelque part, une bonté absolue, car cette bonté absolue sera le levain qui fera gonfler toute la masse de la pâte. 

[…] L’Etat ne tente jamais de s’adresser au jugement, intellectuel ou moral, d’un homme, mais seulement à son corps, à ses sens. L’Etat n’est doué ni d’un esprit supérieur ni d’une honnêteté supérieure, mais uniquement d’une force physique supérieure. Je ne suis pas né pour que l’on exerce sur moi une quelconque forme de force. Je tiens à respirer comme bon me semble. […]

Henry David Thoreau, La désobéissance civile, TOTEM n°79, 2017, 47 p.

(essai paru pour la première fois en 1849)