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03/12/2006

Le livre du rire et de l'oubli

medium_9782070378319.jpg"Nous sommes tous prisonniers d'une conception figée de ce qui est important et de ce qui ne l'est pas, nous fixons sur l'important des regards anxieux, pendant qu'en cachette, dans notre dos, l'insignifiant mène sa guerilla qui finira par changer subrepcitement le monde et va finir par nous sauter dessus par surprise."

[...] "Toute la vie de l'homme parmi ses semblables n'est rien d'autre qu'un combat pour s'emparer de l'oreille d'autrui."

"Nous écrivons des livres parce que nos enfants se désintéressent de nous. Nous nous adressons au monde anonyme parce que notre femme se bouche les oreilles quand nous lui parlons."

"Les femmes ne recherchent pas le bel homme. Les femmes recherchent l'homme qui a eu de belles femmes."

Comme dit un ami, toute personne peut se retrouver dans chacun des livres de Kundera.

Milan Kundera, Le livre du rire et de l'oubli, Gallimard, Folio n° 1831, 1987, 344 p. Traduit du tchèque par François Kérel. (Paru pour la première fois en 1978).

 

30/11/2006

Fast Food Nation

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Le dernier opus de Richard Linklater (Tape, School of rock, Before sunrise, Waking life, A scanner darkly), mi-fiction, mi-documentaire est l'adaptation du livre éponyme de Eric Schlosser, vendu à 1.4 million d'exemplaires dans le monde (disponible actuellement en France aux éditions Autrement au prix de 19 euros).

"I'm telling you that there is shit in the meat."

Un directeur marketing de Mickey's Burger (l'équivalent de Burger King, Mac Do, Quick et autres) découvre par l'intermédiaire de son supérieur hiérarchique que la présence de coliformes fécaux dans les burgers est attestée. Sidéré, il va remonter la chaîne jusqu'aux élevages de bovins et les abattoirs, découvrant les pratiques illicites du monde de l'industrie agro-alimentaire... Dans les usines, la chaîne étant trop rapide, les travailleurs n'ont pas le temps de bien "traiter la viande", ce qui fait qu'à tous les coups (tous les jours pratiquement), de la bouse de vache est mélangée à la viande qui sera ensuite mangée par les consommateurs. En gros, nous mangeons de la merde depuis belle lurette. Vous l'avez donc compris, un film qui vous donne envie de ne plus mettre les pieds au Mac Do (et chez les autres aussi). Soit dit en passant, on savait déja que le Fast food c'est de la très mauvaise nourriture non ?

Mais il n'y a pas que ça, le film dénonce également les divers dégâts collatéraux engendrés par l'univers impitoyable des grosses entreprises agroalimentaires : appel à des travailleurs immigrés (méxicains car ils coûtent moins cher que les autochtones), surexploitation de ces gens-là, conditions de travail dégoûtantes (à l'abattoir, on peut facilement perdre un bras ou une jambe). Richard Linklater : "Nous voulions des personnages représentant l'intégralité de l'industrie du fast food : les enfants qui travaillent, les ouvriers qui sont employés dans les usines de conditionnement de la viande, la communauté des ranchs... [...] Nous dénonçons les dégâts occasionnés, à tous les niveaux par les lobbies de l'agroalimentaire, autant sur la santé des gens que sur l'environnement."  Les nombreuses péripéties du film montrent que tout est relié : les travailleurs méxicains sont des immigrés clandestins, ils ne peuvent pas passer la frontière sans l'aide d'un passeur aussi impitoyable que les lobbiyistes des firmes multinationales, celles-ci, pour faire encore plus de bénéfices et supporter la concurrence des autres, achètent toutes les terres possibles, n'hésitant pas à chasser les propriétaires par le biais de procès qu'elles seront sûres de remporter, impossible par ailleurs de les stopper car comme toujours il y a collusion entre elles et les politiques. Dans le même registre que des films comme Traffic et Thank you for smoking, ce "semi-documentaire" stigmatise la bassesse et l'hypocrisie du business-marketing et porte un regard noir (non sans humour) sur l'état de ce qu'est devenu l'humanité. Un monde cupide, où tout est bon pour faire de l'argent. Car tout ceci après tout est le produit de l'esprit des hommes. J. N

 

Fast Food Nation (Richard Linklater, 2006, USA, 105 mins).   Avec Greg Kinnear, Catalina Sandino Moreno, Wilmer Valderrama, Luiz Guzman, Ana  Claudia Talancon, Kris Kristofferson, Bruce Willis, Ashley Johnsson, Ethan Hawk, Patricia Arquette, Avril Lavigne.

 - Festival de Cannes - 2006 - En compétition.

 - Festival de Londres - 2006 - Présenté.

29/11/2006

A propos du Dahlia

860a6eaf9ec783094d1bea9ca959d1f9.jpgEh ben non, nous n'avons pas du tout été convaincus par l'adaptation faite par Brian De Palma. La première raison est bien entendu le bafouement total du roman explosif de James Ellroy. Comme pour Le Parfum (le chef-d'oeuvre de Patrick Süskind), adapté par Tom Tykwer, tout dépend  du fait qu'on ait lu ou pas le livre. "La fidelité au matériau d'origine est ici parfaitement bafouée, et les Ellroyistes intégristes ne manquerons pas de condamner le bon Brian au bûcher (des vanités ?)", déclare l'excellent magazine Mad Movies (n° 191, nov 2006, "Le Dahlia noir de Brian De Palma - Mission impossible ?, de Fausto Fasulo). En dépit du fait d'avoir vu le film juste après avoir finis le livre (le lendemain même), nous ne nous considérons pas comme des fanatiques d'Ellroy et ne considérons pas que le film ne s'analyse qu'à l'aune de la structure et du contenu du roman. Nous n'entrerons pas non plus dans une analyse détaillée, nous ne sommes pas assez "calés" pour cela. D'ailleurs, les critiques en ont beaucoup parlé déja, certains à tort et à travers d'ailleurs. ex : on reproche un scénario trop complexe. Mais l'intrigue du livre est justement complexe et possède des ramifications aussi tentaculaires que confuses.

Un livre n'est jamais parfaitement adapté, cela est impossbile, nous l'avions compris. Seulement, un minimum doit être respecté. Ce minimum chez Ellroy, c'est l'inventivité verbale crue et acide. Elle façonne les dialogues et constitue un élément-clé de la structure littéraire de l'oeuvre. Ces dialogues là stigmatisent l'atmosphère (tout le monde est corrompu et dépravé, flics, monde du cinéma...) régnante dans le L.A des années 40. Dans le film justement, les dialogues sont baclés. Où sont passés tous ces interrogatoires et ces entretiens "destroy" ? Ensuite, l'oeuvre est fondée sur la relation ambigue qui lie Bucky Bleichert et Lee Blanchard, amis, adversaires sur le ring et inspecteurs-partenaires. Ceci n'est pas vraiment exploité dans le film, tout comme la complexité du personnage interprété par Josh Hartett (Bleichert), homme de principes, mais qui en torture plus d'un lors d'interrogatoires bien musclés (curieusement absents du film). Idem pour le triangle amoureux (Hartnett - Johansson - Eckhart aka Bleichert - Lake - Blanchard) dont on entrevoit qu'une simple esquisse. 

Malgré une consistance grandissante acquise de film en film (génial dans Lucky number Slevin), Josh Hartnett était peut-être trop jeune pour interpréter ce personnage très complexe. C'est d'ailleurs Mark Wahlberg qui devait tenir ce rôle mais suite à une embrouille avec la production, il y a renoncé. On explique que Brian De Palma serait le réalisateur idéal, n'est-il pas le maître du film noir ? (Body double, Blow Out, The untouchables). Cette période est certainement révolue et nous pouvons rappeler quelques ratés récents à son actif (Mission to Mars, Femme Fatale). Peut-être que la créativité des scénarios de David Fincher, prévu initialement pour diriger le film, aurait abouti à un résultat plus original et plus solide. Mais ce dernier voulait tourner le film en 3 heures et en noir et blanc, ce qui a fait flipper les producteurs !!

Pourtant, la complexité de l'intrigue du livre, ses inextricables et lointaines ramifications (jusqu'à la frontière du Méxique), le nombre incalculable de personnes qui y sont mêlés de près ou de loin, font que 3 heures n'auraient pas été de trop. Entièrement d'accord avec l'article de Mad Movies, nous nous demandons comment James Ellroy a pu affirmer avec tant d'enthousiasme et de conviction que le film était très réussi (dans la post-face du livre, aux éditions Payot - Rivaves/Noir). Mais après tout, on l'a payé pour ça non ? Sur 20 ans, il a perçu 25.000 dollars/an pour les droits d'adaptation de son roman au cinéma...

The Black Dahlia (Brian De Palma, USA, 2006, 120 mins).   Avec Josh Hartnett, Scarlett Johansson, Aaron Eckhart, Hilary Swank, Mia Kirshner, Mike Starr, Patrick Fischler, John Kavanagh, Fiona Shaw.

- En compétition - Festival international de Venise 2006.

- 1 nomination aux Oscars 2006 (Meilleure mise en scène).

- 2 nominations aux Satellite Awards 2006.

 

28/11/2006

Ballon d'or 2006

medium_061127202018.1urfy1sh0a.jpgC'est donc Fabio Cannavaro, le défenseur international italien, qui a obtenu hier, lundi 27 novembre, le 51ème Ballon d'Or France-Footbal, décerné par 52 journalistes européens. Le défenseur du Real Madrid, âgé de 33 ans, devance au podium, avec 173 points, Gianluigi Buffon (Juventus), Thierry Henry (Arsenal) et Ronaldinho (Barcelone). Ce dernier, sacré l'an passé, n'est que 4ème malgré un Championnat d'Espagne et une Ligue des champions remportés avec Barcelone. Il paye sans doute pour sa coupe du monde ratée avec le Brésil.

Capitaine de la Squadra Azurra, Cannavaro a remporté la Coupe du monde 2006 ainsi que le Championnat d'Italie avec la Juventus (avant que le titre ne soit attribué "administrativement" à l'Inter de Milan, en raison de m'implication du club piémontais dans le scandale des matchs truqués du Calcio). Après Franz Beckenbauer (1972, 1976) et Matthias Sammer (1996), c'est la 3ème fois que le trophée est remporté par un défenseur. Cannavaro est par ailleurs le premier défenseur de métier (les autres étaient milieu défensifs au départ) à être consacré du titre individuel le plus prestigieux. "Je suis très ému car gagner un tel prix pour un défenseur, ça a deux fois plus de valeur", affirmait celui-ci, reconnaisant aussi avoir été surpris : "En premier lieu, j'aurais voté pour Buffon, un ami, un phénomène. Je ne le mets pas dans la catégorie des gardiens, je le mets à part. Il est dans une autre classe. Puis j'aurais voté Henry et Pirlo."

Contrairement aux années précédentes, ce choix ne fut pas totalement unanime. Des joueurs comme Henry et Samuel Eto'o méritaient autant de le gagner. Mais le premier s'est incliné lors de la finale de la Champions League ainsi que lors de celle de la Coupe du monde. Le second, vainqueur la C1, du championnat d'Espagne et sacré également pichichi de la Liga, n'a pas participé au Mondial (le Cameroun n'étant pas qualifié). Le problème est qu'aucun candidat au Ballon d'or cette saison, ne sortait du lot. C'est donc l'un des meilleurs défenseurs du monde (quoique son début de saison actuel est médiocre), ayant de même largement contribué à la victoire de l'Italie en Coupe du monde, qui a été récompensé.

Le classement : 1.Fabio Cannavaro (Italie) : 173 points ; 2.Gianluigi Buffon (Italie) : 124 ; 3.Thierry Henry (France) : 121 ; 4.Ronaldinho (Brésil) : 73 ; 5.Zinedine Zidane (France) : 71 ; 6.Samuel Eto'o (Cameroun) : 67 : 7.Miroslav Klose (Allemagne) : 29 ; 8.Didier Drogba (Côte d'Ivoire) : 25 ; 9.Andrea Pirlo (Italie) : 17 ; Jens Lehmann (Allemagne) : 13.

Les dix derniers lauréats

2005 : Ronaldinho (Barcelone/Brésil) ; 2004 : Andreï Shevchenko (AC Milan/Ukraine) ; 2003 : Pavel Nedved (Juventus/Rép. Tchèque) ; 2002 : Ronaldo (Real Madrid/Brésil) ; 2001 : Michael Owen (Liverpool/Angleterre) ; 2000 : Luis Figo (Real Madrid/Portugal) ; 1999 : Rivaldo (Barcelone/Brésil) ; 1998 : Zinédine Zidane (Juventus/France) ; 1997 : Ronaldo (Inter Milan/Brésil) ; 1996 : Matthias Sammer (Borussia Dortmund/Allemagne).