03/09/2007
La société du spectacle
"Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation."
"Le spectacle se présente à la fois comme la société même, comme une partie de la société, et comme instrument d'unification. En tant que partie de la société, il est expressément le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. Du fait même que ce secteur est séparé, il est le lieu du regard abusé et de la fausse conscience ; et l'unification qu'il accomplit n'est rien d'autre qu'un langage officiel de la séparation généralisée."
"Le spectacle est le capital à un tel degré d'accumulation qu'il devient image."
"Le spectacle, comme la société moderne, est à la fois uni et divisé. Comme elle, il édifie son unité sur le déchirement. Mais la contradiction, quand elle émerge dans le spectacle, est à son tour contredite par un renversement de son sens ; de sorte que la division montrée est unitaire, alors que l'unité montrée est divisée."
"L'idéologie est la base de la pensée d'une société de classes, dans le cours conflictuel de l'histoire. Les faits idéologiques n'ont jamais été de simples chimères, mais la consience déformée des réalités, et en tant que tels des facteurs réels exerçant en retour une réelle action déformante ; d'autant plus la matérialisation de l'idéologie qu'entraîne la réussite concrète de la production économique autonomisée, dans la forme du spectacle, confond pratiquement avec la réalité sociale une idéologie qui a pu retqiller tout le réel sur son modéle."
Guy Debord (1931-1994) : "Il faut lire ce livre en considérant qu'il a été sciemment écrit dans l'intention de nuire à la société spectaculaire. Il n'a jamais rien dit d'outrancier."
Guy Debord, La société du spectacle, Gallimard, Folio n° 2788, 1992, 211 p. (livre paru pour la première fois en 1967 aux Editions Buchet-chastel).
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20/06/2007
Est-il permis de critiquer Israël ?
"Je sais qu'il y a des gens qui, sans me connaître, me haïssent. Le pire c'est que certains sont de bonne foi, car ce qu'ils savent de moi, ce sont des propos déformés et non mes positions réelles."
Qu'a donc fait Pascal Boniface, directeur de l'IRIS et spécialiste des relations internationales, pour qu'une campagne médiatique le diabolise, et être traité d'antisémite ? tout simplement expliqué dans son ouvrage que critiquer la politique d'Ariel Sharon ne revenait pas à détester Israël ou être antisémite. Il est d'ailleurs un ami d'Israël. Il affirme qu'il y a désormais un dérapage dangereux qui tend à importer le conflit israélo-palestinien en France, et que de nos jours, il est devenu impossible de critiquer Israël, sous peine d'être taxé d'antisémitisme. Ce qui est vrai. Il faut préciser d'ailleurs qu'être antisioniste ne signifie pas être antisémite. Boniface n'est ni l'un ni l'autre. Les propos de son livre considéré politiquement incorrect, sont courageux et pertinents. Ceux qui sont contre la dictature de la pensée et le terrorisme intellectuel devraient le lire.
Pascal Boniface, Est-il permis de critiquer Israël ? Robert Laffont, 2003.
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22/05/2007
Dictionnaire du parfait cynique
"Traités de charlatans ou de prestidigitateurs, les auteurs d'aphorismes, surtout lorsqu'ils sont cyniques, irritent ; on leur reproche leur légèreté, leur désinvolture, leur laconisme ; on les accuse de sacrifier la vérité à l'élégance du style, de cultiver le paradoxe, de ne reculer devant aucune contradiction, de chercher à surprendre plutôt qu'à édifier. Bref, on tient rigueur à ces moralistes d'être si peu moraux.
La forme discontinue dans laquelle ils s'expriment est une forme aristocratique ; elle apparaît en France au XVIème siècle, en même temps que s'essoufflent la théologie et la scolastique. Le moraliste est le plus souvent un homme d'action ; il méprise le professeur, ce docte, ce roturier. Mondain, il analyse l'homme tel qu'il l'a connu. Sa démarche est aux antipodes de celle du philosophe ; il se méfie de ce qui n'est pas concret ; le concept "homme" l'intéresse moins que les hommes réels, avec leurs qualités, leurs vices, leurs arrière-mondes.'' [...] Roland Jaccard
De Chamfort à Oscar Wild, en passant par Cioran, Jules Renard, Schopenhauer, Shaw (et bien d'autres), des citations aussi drôles que cyniques, mais aussi, instructives!!
Roland Jaccard, Dictionnaire du parfait cynique, Zulma, 2007, 159 p.
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06/05/2007
Sa Majesté des mouches
Le premier roman de William Golding, écrivain britannique appartenant au courant post-moderniste, a obtenu le prix Nobel de littérature en 1983 (publié pour la première fois en 1954). Un avion transportant des enfants anglais de sexe masculin, s'écrase sur une île déserte. Les pilotes périssent, les gamins sont donc livrés à eux-mêmes. Trés vite, ils s'organisent en mini-société et élisent même un chef. Au départ, tout semble marcher pour le mieux, la société est divisée en catégories : chasseurs, éclaireurs, sentinelles... Mais ceci ne dure pas longtemps, cette "société" implose (car "l'homme est un loup pour l'homme" et les gens ne s'entendent pas), laissant place à un barbarisme des plus primaires...
Dans la notice bibliographique du livre, écrite par l'auteur, ce dernier s'explique. Impossible de dire que son discours n'est pas d'actualité aujourd'hui. Les rapports entre les gens, et à une échelle planétaire, entre les Etats, le prouvent... :
"[...] la responsabilité du désordre dont souffre le monde actuellement n'incombe ni à une classe, ni à une nation, ni à un système : ce désordre n'est que la reproduction - sur une plus grande échelle - des réactions enfantines quand on laisse à celles-ci pleine liberté de s'exprimer, dans les jeux par exemple. Le salut de l'humanité réside en chacun de nous, non pas dans un système, une croyance, ou à l'intérieur d'une frontière donnée. L'ennemi n'est pas au-dehors, mais en dedans."
William Golding, Sa majesté des mouches, Gallimard, Folio n° 1480, 1983, 256 p. (Livre paru pour la première fois en 1954, sous le titre "Lord of the flies").
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28/04/2007
La tentation nihiliste
"Le nevrosé est à la recherche d'une parcelle d'infini ; le psychotique, lui, a renoncé à cette quête - illusoire, vaine, sordide. La sagesse une fois encore jouxte la folie. Et le fou qui a perdu la raison sera toujours la parodie du sage qui a transcendé l'égo. Pour l'un comme pour l'autre, la vie est un acte sans acteur ; mais si l'un est paranoiaque, l'autre est metanoiaque."
[...] " Si l'on étreint avec une telle violence sa partenaire, c'est faute de pouvoir l'étrangler. Comme l'affirment, non sans panache, les plus cyniques parmi les psychanalistes, l'amour consiste à donner ce que l'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas. Ces prémisses acceptées, ne reste plus aux hommes qu'à se payer le corps des femmes - et aux femmes à se payer la tête des hommes, en ayant toujours à l'esprit qu'"un suicide réussi vaut mieux qu'un coït raté" (Roland Topor)."
"L'autobiographie est un genre qu'on aimerait réserver aux clochards. L'humiliation, ils l'expérimentent jour après jour, de même que l'irréparable désintérêt de l'homme pour ses frères humains. Ecrire quand on n'a pas atteint le degré zéro du dégoût devrait être passible d'une peine de prison. Mais c'est sur une chaise électrique qu'on devrait asseoir tous ceux qui revent de laisser une trace en nous assenant le récit de leurx exploits." [...]
[...] "Humanité oblige, nous ne manquons jamais de motifs pour désirer la mort d'autrui. L'armistice que nous avons conclu avec nos proches est sans cesse révocable ; quant aux autres, n'en parlons même pas : c'est déja bien beau quand nous les supportions. Nous nous flattons d'aimer l'homme, mais nous haïssons notre voisin. Et rien ne nous réconforte autant que les malheurs d'autrui."
"A l'opposé du romantique toujours pénétré du sentiment que le monde est un tissu de sens cachés, de symboles à déchiffrer et d'indicibles mystères, le nihiliste considère que la vie est courte, brutale, insipide. Il se gausse sans pitié de ces cerveaux exaltés en quête de fins dernières, de suppléments d'âme ou, pis encore, de "nouvelles valeurs" et qui n'ont ni le sens du grotesque ni celui du mépris, de la raillerie et de la derision."
Roland Jaccard, La tentation nihiliste, Quadrige n° 126, PUF, 1989, 160 p.
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