15/01/2020
1917
France, 1917. Deux soldats britanniques se voient assigner une mission quasi-impossible. Ils doivent traverser le no man's land puis les lignes ennemies afin de délivrer un message de première importance qui permettrait d'empêcher un régiment de tomber dans un piège tendu par l'armée allemande.
Mais on se rend compte très vite que là n'est pas l'essentiel. Que les deux soldats accomplissent ou pas leur mission n'est pas vraiment important ici. Ce qui est marquant est leur découverte intime et progressive de la vraie noirceur humaine. Des supérieurs cyniques et blasés, des conditions de vie atroces dans une tranchée où il est fort compliqué de se déplacer, des chevaux morts, un cadavre encastré dans un barbelé, une tranchée piégée et infestée de rats, un avion sorti de l'enfer, une brutalisation des combattants, des coreligionnaires indifférents, des snipers, des soldats ivrognes, une hiérarchie inconsciente, une jeunesse sacrifiée et finalement une boucherie inutile... Le tout filmé en deux plans séquences magistraux, où le spectateur n'a jamais été aussi près de la mort.
Au milieu de tout ça, une femme et sa fille... soit une lueur d'espoir (et la femme avenir de l'homme?) et une leçon d'humanité dans un monde de monstres. Allégorie d'une humanité incapable de communiquer (un soldat sauvé mais agresseur, une absence de télécommunications, un exercice pathétique de l'autorité), 1917 excelle essentiellement à trois niveaux. Il parvient d'abord à transmettre tout ce qu'il faut comprendre sur la tristement célèbre guerre des tranchées de 14-18 (à projeter dans les lycées). Ensuite, il réactive, plus de soixante ans plus tard, ce qui est considéré comme la meilleure fiction sur cette guerre de position, Paths of Glory (Stanley Kubrick, 1957), en adjoignant au côté "absurdité de la guerre" de celle-ci l'idée du chaos incertain d'une réalité horrifique.
Enfin, plus un tour de force qu'un chef-d'oeuvre en soi, 1917 a surtout réussi la prouesse de condenser en deux heures la problématique fondamentale (la violence humaine) de tout un siècle.
J. N, R. H
1917 (Sam Mendes, 2019, UK, 119 min)
Cast : Dean-Charles Chapman, George MacKay, Daniel Mays, Mark Strong, Colin Firth, Benedict Cumberbatch, Andrew Scott.
- Meilleur film dramatique - Golden Globe 2018
- Meilleur réalisateur - Golden Globe 2018
- 10 nominations - Oscars 2020 (cérémonie le 9 février)
- 9 nominations - BAFTA Awards 2020 (cérémonie le 2 février)
25/10/2019
Prix Nobel de la paix
En comptant 2019, 100 années ont vu un Prix Nobel de la paix décerné. D'une grande symbolique politique (1), ce prix récompensant "la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix" (d'après le testament d'Alfred Nobel), a été attribué à 107 personnes et 24 organisations (plusieurs personnes et/ou organisations peuvent être récompensées la même année). Il ne le fut pas durant les Première et Seconde guerres mondiales (en 1914, 1915, 1916, 1918, 1939 à 1943) et lorsqu'aucun candidat ne fit l'unanimité (19 fois). Deux lauréats ont reçu le prix à plusieurs reprises : le Comité International de la Croix Rouge, 3 fois (1917, 1944 et 1963) et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (1954 et 1981). Ces chiffres portent le nombre total de prix décernés à 134 (131 + les 3 prix supplémentaires pour les deux organismes cités).
A l'instar du Nobel de littérature - que Jean-Paul Sartre refusa en 1964 - ce prix fut longtemps occidentalo-centré. En effet, de 1901 à 1971, 51 des 53 prix décernés représentaient un pays occidental, soit 96.2% du total. Les années 1970 marquent les débuts de la généralisation du Nobel de la paix à l'ensemble de la paix, avec des lauréats représentant le Japon, le Vietnam, l'URSS, l'Egypte et l'Albanie. La tendance se poursuivra par la suite, avec 24 lauréats "hors-occident" dont 7 durant les années 2010. En 2019, c'est le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed (photo ci-contre) qui est consacré pour ses actions ayant conduit à la réconciliation entre son pays et l’Érythrée (2).
Avec désormais 31 lauréats hors-occident (sur les 107 "personnes"), la liste de tous les lauréats dénote un écart plus raisonnable (70% pour le monde occidental). A cette première critique, s'ajoutent trois autres. La plus importante étant l'octroi très contestable de certains prix. S'il est évident que certains allaient l'être (il est toujours compliqué de faire l'unanimité puisqu'il s'agit d'un prix "non-scientifique", et politique de surcroît), il est tout de même pertinent de se poser des questions lorsqu'un prix concernant la paix est attribué à des personnalités "militaristes" (notamment les américains Theodore Roosevelt et Henry Kissinger, et les israéliens Shimon Peres et Yitzhak Rabin). Ces controverses ont amené le Comité Nobel norvégien (3) à annoncer en 2005 que le prix ne reviendrait plus qu'à des personnes, groupes ou organismes qui auront engagé leur existence au service des droits de l'homme, de la promotion de la démocratie, et de la défense des voies de la diplomatie.
Par ailleurs, on relèvera la présence imposante des Etats-Unis, un pays fortement engagé militairement hors de ses frontières depuis le début du XXème siècle. Le cas le plus flagrant étant la consécration durant les années 2000 (présence militaire US en Irak et en Afghanistan) d'un ex-président (Jimmy Carter), d'un ex-vice-président (Al Gore) et d'un président en exercice (Barack Obama, 9 mois après le début de son premier mandat...). La première puissance mondiale totalise pas moins de 23 prix (le Royaume-Uni est second avec 13...)... A ces trois "anomalies" remettant en cause la légitimité de ce prix, s'ajoute également la question de son efficacité en termes d'impact politique sur la paix. J. N
CLASSEMENT PAR CONTINENTS (134 prix)
1. Europe 64 (47.8%)
2. Amérique 30 (22.4%)
3. Asie 18 (13.4%)
4. Afrique 13 (9.7%)
5. Organisations internationales 9 (6.7%)
CLASSEMENT PAR PAYS (134 prix)
1. Etats-Unis 23 (17.1%)
2. Royaume-Uni 13 (9.7%)
3. France 11 (8.2%)
4. Suisse 9
5. Allemagne, Suède 5
(1) Et accompagné d'un chèque d'environ 1 million d'euros.
(2) Après la guerre entre l'Ethiopie et l’Érythrée (1998-2000) concernant le tracé de leur frontière commune, de fortes tensions ont persisté entre ces deux Etats.
(3) Le lauréat du Prix Nobel de la paix est choisi par un comité nommé par le parlement de Norvège tandis que les autres Prix Nobel sont décernés par l'Institution académique suédoise.
22:23 Publié dans Liste/Classement | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alfred nobel, prix nobel de la paix, etats-unis, nobel, france, royaume-uni, theodor roosevelt, henry kissinger, norvège, suède, abiy ahmed, ethoipie, erythrée, barack obama, jimmy carter, al gore
22/10/2019
Liste des plus grandes compagnies aériennes - 2
Si en terme de chiffre d'affaires, ce sont les Etats-Unis qui dominent - fort logiquement - le TOP 10 mondial des compagnies aériennes, ce sont par contre la Turquie et la France (avec une avance considérable pour la première compagnie nationale turque) qui dominent le classement selon le nombre de pays desservis. La première puissance mondiale place 2 compagnies à la 9ème position d'un TOP 10 comprenant pas moins de 9 pays et représentant l'Europe, l'Amérique du Nord, le Moyen-Orient et l'Afrique. L'Asie pointe à la 11ème position avec la compagnie russe Aeroflot (58 pays). J. N
TOP 10 des compagnies aériennes (par pays desservis)
1. Turkish Airlines (Turquie) - 121 pays
2. Air France (France) - 91
3. British Airlines (Royaume-Uni) - 82
4. Ethiopian Airlines (Ethiopie) - 81
5. Emirates (Emirats Arabes Unis) - 78
. Qatar Airways (Qatar) - 78
7. Lufthansa (Allemagne) - 75
8. KLM (Pays-Bas) - 67
9. American Airlines (USA) - 62
. United Airlines (USA) - 62
10:00 Publié dans Liste/Classement | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lufthansa, american airlines, united airlines, emirates, qatar airways, liste des plus grandes compagnies aériennes, compagnies aériennes, air france, klm, british airways, ethiopian airlines, turkish airlines, france, royaume-uni, allemagne, qatar, etats-unis, russie, pays-bas, emirats arabes unis, ethiopie, turquie
11/08/2019
La Commune et les Communards
Si cet événement très court (mars-mai 1871) et réprimé dans le sang (6000 à 7500 morts chez les insurgés durant la Semaine sanglante dont 137 exécutions sur le Mur des Fédérés) n'eut pas d'influence sur la suite des événements (pouvoir législatif dominé par les monarchistes, président pro-monarchiste en la personne d'Adolphe Thiers), il n'en demeure pas moins, dans la mémoire collective française, une grande cause, celle de la lutte pour la liberté et la justice (inspirant au passage la Révolution russe de 1917 et les Révolutionnaires de la Guerre d'Espagne de 1936-1939). Si le débat sur la Commune n'est pas terminé, on peut affirmer que celle-ci fut essentiellement une réaction patriotique, une révolution urbaine ainsi qu'une conquête par les classes populaires.
Loin des mythes, des exagérations mais aussi des minimisations, Jacques Rougerie, historien du mouvement ouvrier et spéciale de la Commune, raconte dans une première partie ("Paris insurgé. La Commune de 1871") cette aventure tragique, puis dans une seconde ("Le procès des communards") - sans doute trop longue par rapport à la partie I - instruit le procès des protagonistes (procès-verbaux à l'appui) tout en tentant de cernier l'essence de la Commune, les divergences en son sein ainsi que son rapport à la démocratie. L'ouvrage - dont l'écriture est agréable - se lit rapidement et permet de comprendre de manière globale ce que fut cette révolution avortée mais constituant une référence à de nombreux égards. J. N
Jacques Rougerie, La Commune et les Communards, Paris, Gallimard, Folio Histoire, 2018 (1978), 427 p.
12:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : commune (1871), commune, la commune et les communards, jacques rougerie, commune de paris, réaction patriotique, mur des fédérés, semaine sanglante, révolution russe, révolution d'octobre, france, paris
10/08/2019
Pays autorisant le mariage homosexuel
Une tendance qui s'accélère?
Par rapport à août 2013, le nombre d'Etats autorisant le mariage homosexuel passe de 15 à 27, soit une augmentation de 80%. Si le pourcentage de ces pays par rapport aux 193 membres de l'ONU demeure faible (13.9%), il est toutefois en augmentation puisqu'en août 2010, ils n'étaient que 10. En comptant Taïwan (qui n'est pas membre de l'ONU, en raison du litige avec la Chine), cela fait 28 pays, soit une augmentation de 86.67% par rapport à 2013. Si ces chiffres sont élevés en raison du nombre de départ qui est faible, il convient de considérer que la tendance se poursuit, l'évolution entre 2010 et 2019 étant de 180%. Il y a 20 ans seulement, aucun pays n'autorisait le mariage gay.
De même, ce fait devrait survenir prochainement en Irlande du Nord, et est à l'étude au Costa Rica, au Pérou, en Suisse, République Tchèque, Cuba, Chili, Népal, Panama et Venezuela. Sur ces 28 Etats adoptant déjà le mariage gay, 2 ne l'appliquent pas encore sur l'ensemble de leur territoire. Au Mexique, il est autorisé dans le District fédéral de Mexico, dans l'intégralité de 18 Etats (sur 32) et dans certaines municipalités de l'Etat de Querétaro. D'autres Etats fédéraux (Etats-Unis, Brésil, Canada) l'ont également adopté progressivement (par Etat) avant que la loi ne devienne fédérale. C'est l'Etat du Massachusetts (17 mai 2004) qui ouvrit la voie aux Etats-Unis. Au Royaume-Uni, manque donc à l'appel l'Irlande du Nord (application aux autres nations ainsi qu'à la plupart des Territoires britanniques d'Outre-Mer). Le Brésil adopta la loi dans certains Etats à partir de janvier 2012 puis celle-ci devint fédérale en mai 2013. Au Danemark (2012), le Groenland (avril 2016) et les Iles Féroé (juillet 2017) - provinces autonomes - rejoignirent la tendance quelques années plus tard.
Attention toutefois à l'appréciation de ces chiffres car s'il y a en effet une évolution nette ces dernières années, force est de constater que le phénomène touche essentiellement des pays occidentaux qui représentent 71.4% du total. Parmi ceux-là, 57.1% sont en Europe où la situation est assez disparate. Si 11 Etats autorisent une forme d'union civile, 18 autres n'en reconnaissent aucune, dont 6 interdisent explicitement le mariage homosexuel dans leurs textes constitutionnels (Bulgarie, Lettonie, Lituanie, Monténégro, Pologne et Serbie). Si le phénomène devrait s'amplifier en Amérique Latine (21.4% du total actuel), il ne devrait pas par contre évoluer sur le continent asiatique, représenté uniquement par Taïwan. Difficile de l'imaginer par exemple au Moyen-Orient où ultra-conservatisme et homophobie sont des phénomènes socialement ancrés et évoluant très lentement (peine de mort pour l'homosexualité en Iran, en Arabie Saoudite et au Yémen). Même constat pour le continent africain où l'Afrique du Sud fait figure d'intrus et où l'homosexualité constitue encore un crime dans de nombreux Etats (et passible de la prison à vie ou de la peine de mort dans certains).
Enfin, à une époque où conservatisme, intolérance et comportements rétrogrades reviennent en force (ou se maintiennent vaille que vaille) dans nombreuses parties du monde, nous pouvons estimer que 28 Etats c'est déjà pas mal.
J. N
Pays autorisant le mariage homosexuel (par ordre chronologique)
- Pays-Bas (avril 2001)
- Belgique (juin 2003)
- Espagne (juillet 2005)
- Canada (juillet 2005)
- Afrique du Sud (novembre 2006)
- Norvège (janvier 2009)
- Suède (avril 2009)
- Mexique (mars 2010-2019)
- Portugal (mai 2010)
- Islande (juin 2010)
- Argentine (juillet 2010)
- Danemark (juin 2012)
- Brésil (mai 2013)
- France (mai 2013)
- Uruguay (août 2013)
- Nouvelle-Zélande (août 2013)
- Royaume-Uni (mars 2014)
- Luxembourg (janvier 2015)
- Etats-Unis (juin 2015)
- Irlande (novembre 2015)
- Colombie (avril 2016)
- Finlande (mars 2017)
- Malte (septembre 2017)
- Allemagne (octobre 2017)
- Australie (décembre 2017)
- Autriche (janvier 2019)
- Taïwan (mai 2019)
- Equateur (juillet 2019)
09:41 Publié dans Liste/Classement | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, royaume-uni, irlande du nord, norvège, suède, islande, finlande, costa rica, pays-bas, belgique, espagne, portugal, argentine, mexique, mexico, canada, etats-unis, luxembourg, autriche, allemagne, taïwan, venezuela, suisse, chili, panama, brésil, querétaro, loi fédérale, mariage gay, pérou, république tchèque, cuba, népal, afrique du sud, groenland, iles féroé, massachussets, mariage homosexuel, danemark, pologne, serbie, lettonie, lituanie, monténégro, bulgarie

